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dimanche 7 janvier 2018

"Emma G. Wildford" (Zidrou/Edith)


Un autocollant coup de coeur de mon libraire préféré, faisant référence aux aventures de Jeanne Picquigny. Le nom du scénariste Zidrou (dont j'adore généralement les histoires). Le superbe rabat de couverture magnétisé et les documents volants glissés entre les pages. Je ne pouvais pas manquer de me jeter sur "Emma G. Wildford", et de le dévorer sitôt rentrée chez moi.

En Angleterre dans les années 20. Emma, jeune poétesse ayant déjà deux recueils à son actif, est sans nouvelles de son fiancé depuis près d'un an. Issu d'une longue lignée d'explorateurs, Roald est parti en expédition dans le grand froid norvégien en promettant de l'épouser à son retour et en lui laissant une lettre à ouvrir uniquement s'il lui arrivait malheur. Emma, qui n'en peut plus d'attendre et ne manque ni de caractère ni de courage, décide de partir elle-même à sa recherche...

Tous les ingrédients étaient réunis pour que je passe un bon moment de lecture - ce qui a été le cas, jusqu'à l'ouverture de la fameuse lettre. Les révélations de Roald m'ont paru tomber comme un cheveu sur la soupe, le personnage ayant été trop peu développé auparavant pour que son comportement apparaisse comme compréhensible. J'ai également trouvé la fin de l'histoire trop abrupte. Il me semble que le scénario aurait mérité un récit plus étoffé, qu'il y aurait facilement eu de quoi remplir une vingtaine de pages supplémentaires. J'aurais voulu que l'expédition d'Emma soit plus développée, tout comme son retour à la vie civile. Néanmoins, une belle bédé pour les amateurs du genre.

jeudi 12 octobre 2017

"The girl from the Savoy" (Hazel Gaynor)


Londres, 1923. Dolly Lane a laissé derrière elle le village de la campagne anglaise où elle a grandi et l'homme brisé par la guerre qu'elle aimait depuis l'enfance. Pour gagner sa vie, elle est femme de chambre dans un hôtel de luxe. Mais sa vraie passion, c'est le spectacle. Depuis le pigeonnier des théâtres du West End, elle admire ses idoles en rêvant du jour où elle sera sur scène à leur place. 

Loretta May est une de ces idoles, une fille de famille riche qui a piétiné les conventions et profité de son immense charisme pour devenir une star. Mais ni sa beauté, ni son talent, ni ses tenues magnifiques ne vont pouvoir la préserver de la tragédie qui se profile à son horizon. Pour se changer les idées, elle décide de faire de Dolly sa protégée et son élève...

Si les deux héroïnes du roman d'Hazel Gaynor cachent de douloureux secrets, l'une est sur le déclin tandis que l'autre centame à peine son ascension. Mais chacune fait des choix difficiles qui la rendent attachante. Je craignais une romance prévisible, et "The girl From the Savoy" est justement tout sauf cela, beaucoup plus grave et émouvant que je ne m'y attendais. Une très bonne histoire hélas desservie par une plume maladroite. L'auteure amène ses transitions et révèle les secrets de ses personnages avec un manque de subtilité qui m'a fait grincer des dents; j'ai souvent eu l'impression qu'elle écrivait en se référant à un manuel des procédés incontournables de la fiction; et sa manière de rester à la surface des choses trahit qu'elle ne connaît rien à ce dont elle parle, notamment le milieu du spectacle. Bref, une lecture agréable mais qui aurait pu l'être bien plus encore.

jeudi 24 août 2017

"Le gang des rêves" (Luca di Fulvio)


1909. Cetta Luminati a quinze ans et un bébé de six mois quand elle quitte sa famille et son Italie natale pour se rendre aux Etats-Unis. A leur arrivée, son fils est rebaptisé Christmas et la jeune fille attire l'attention de Sal, un gangster laid et bourru qui l'envoie travailler dans une maison close. Mais rien ne peut entamer la détermination de Cetta: grâce à elle, son fils sera américain. 

1922. Christmas rêve de devenir quelqu'un malgré la pauvreté du quartier dans lequel il a grandi. Et pour cela, il ne voit qu'un moyen - devenir un chef de bande respecté. Jusqu'au soir où il sauve une gamine de treize ans qui vient d'être battue, violée, mutilée et laissée pour morte. Ruth Isaacson est issue d'une riche famille juive, et en dépit de tout ce qui les sépare, Christmas tombe immédiatement et violemment amoureux d'elle...

Un roman historique qui parle du rêve américain, mais aussi de la fascination exercée par la radio et par le cinéma. Une chronique sociale qui dit la misère des immigrés, le désespoir ou la criminalité auxquels ils sont poussés, les tensions communautaires, le racisme ordinaire envers les Noirs, les violences faites aux femmes. Une histoire d'amour impossible à première vue et pourtant plus fort que tout. Une série de portraits magnifiques, extraordinairement vivants et humains. "Le gang des rêves" est tout cela et bien plus encore. Une saga réaliste et bien documentée, comportant des scènes très dures, et qui déborde pourtant d'énergie et d'espoir. Près de mille pages dans lesquelles on s'absorbe totalement et dont on regrette de voir arriver la fin. Mon gros coup de coeur du mois d'août. 

mercredi 29 mars 2017

"A gentleman in Moscow" (Amor Towles)


Le 21 juin 1922, le comte Alexander Ilych Rostov comparaît devant un tribunal bolchévique à Moscou. Parce qu'il est l'auteur d'un poème célèbre, publié avant la révolution et que beaucoup considèrent comme un appel aux armes, il n'est pas condamné à être fusillé mais assigné à résidence à l'Hôtel Métropole, où il résidait depuis quatre ans et dont il ne pourra plus sortir jusqu'à la fin de sa vie. Pas question de conserver sa suite somptueuse et ses trésors de famille: il sera installé dans une chambre de bonne avec les seules affaires que celle-ci pourra contenir. Pourtant, le comte ne se laisse pas abattre. Il aménage de son mieux son minuscule logis, développe une routine plaisante à l'intérieur de l'hôtel, se fait des amis parmi le personnel et devient le compagnon d'aventures d'une fillette de neuf ans prénommée Nina...

Voici quelques années, j'avais adoré le premier roman d'Amor Towles. Si l'auteur continue plus ou moins à explorer la même période historique que dans "Les règles du jeu", c'est à l'autre bout du monde qu'il nous emmène cette fois, dans la Russie dirigée par Staline. Et bien que "A gentleman in Moscow" évoque la domination communiste dans toute sa dualité - beaux idéaux et ferveur populaire d'une part, bureaucratie abusive et répression aveugle de l'autre -, c'est pour mieux souligner l'atmosphère presque hors du monde et du temps qui règne à l'intérieur du Métropole. Alexander est un personnage attachant, noble au meilleur sens du terme, plein de beaux principes mais profondément humaniste, doté une grande culture et d'un humour très fin. A l'exception d'un moment de désespoir, il fait toujours preuve de combattivité et de grandes ressources intérieures, porte toujours un regard humble autant qu'intelligent sur la société et les gens qui l'entourent. Et très vite, on se surprend à l'envier plutôt qu'à le plaindre, à vouloir aussi jouer les Eloïse adultes dans cet hôtel cinq étoiles.

mercredi 27 janvier 2016

"La paresse du panda" (Fred Bernard)


A la fin de sa précédente aventure "La patience du tigre", l'intrépide Jeanne et son époux Eugène s'enfonçaient dans un gouffre aux confins de l'Himalaya en quête d'immortalité. Ils en ressortent éblouis trois mois plus tard, avec l'impression que quelques heures seulement se sont écoulées pour eux. Heureusement, leurs fidèles compagnons les ont attendus au péril de leur vie. Mais ils ne sont pas au bout de leurs peines, car il va falloir regagner la civilisation malgré les cols fermés par la neige et la secte dont les membres sont toujours à leurs trousses. 
Un siècle plus tard, dans le manoir bourguignon rempli de secrets qui appartenait autrefois à sa grand-mère, Lily Love Peacock, l'ex-mannequin devenue chanteuse de rock, se plonge dans le récit des aventures de Jeanne et Eugène qui viennent nourrir son inspiration...

Jeanne Picquigny est l'une de mes héroïnes préférées: féministe en diable, voyageuse intrépide, jamais esclave des conventions, finement ironique et passionnément amoureuse d'un homme abîmé par la vie, témoin et raconteuse de son époque. J'ai été ravie de retrouver ses aventures trépidantes, qui flirtent souvent avec le mysticisme et sont empreintes d'une sensualité crue comme on en voit rarement dans la bédé généraliste. Le parallèle instauré ici avec la vie de sa petite-fille apporte une dimension supplémentaire à l'histoire, celle du souvenir et de la transmission. Dans les années 1920 ou presque un siècle plus tard, les personnages secondaires sont toujours aussi barrés, forts en caractère et hauts en couleur. Et je ne me lasserai jamais des superbes paysages et intérieurs pleine page dont Fred Bernard émaille généreusement ses albums. "La paresse du panda": encore une belle réussite pour une série dont la qualité ne fait que croître au fil des tomes. 







vendredi 18 décembre 2015

"Le journal de Frankie Pratt" (Caroline Preston)


1920. Frankie Pratt a 18 ans. Elève prometteuse, lectrice avertie, la jeune fille rêve de devenir écrivain. Avec une machine à écrire Corona et une fantaisie d'archiviste, elle se lance dans le récit de ses aventures sous forme de scrapbook. Tour à tour étudiante, danseuse de charleston amateur, rédactrice de potins à grand tirage, amoureuse éperdue de mauvais garçons, elle nous entraîne dans son sillage du New York de la Prohibition au Paris des Années Folles. 

Mélange de carnet intime et d'art journal à base de collages de documents d'époque, ce roman graphique est un vrai régal pour les yeux. J'ai pris beaucoup de plaisir à suivre les aventures de l'héroïne, sa vie modeste d'orpheline de père dans une bourgade rurale, son béguin pour un homme plus âgé qu'elle et déjà marié, son entrée dans une université prestigieuse où elle tombe sous la coupe d'une amie riche et charismatique, sa découverte de New York et de la vie d'adulte, les plaisirs dont elle profite avec insouciance, sa traversée de l'océan dans la cabine de 3ème classe d'un énorme paquebot, les rencontres qu'elle y fait, son installation à Montmartre où elle interviewe Hemingway et fréquente une pléthore d'artistes fauchés... J'ai adoré le comportement émancipé de Frankie, son appétit de vivre et de découvrir des choses, ses observations sur le monde et les gens qui l'entourent. Bien que j'aie un peu regretté une fin assez convenue (et néanmoins logique pour l'époque), dans l'ensemble, cet ouvrage désormais disponible en version poche reste un plaisir de lecture à ne pas bouder, surtout si vous avez comme moi un faible pour les années 20!





mardi 12 août 2014

"Avril enchanté"


"A tous ceux qui aiment les glycines et le soleil. Italie. Mois d'avril. Particulier loue petit château médiéval meublé bord Méditerranée." Du moment où elle découvre cette annonce un jour de pluie particulièrement déprimant, Mrs Wilkins, timide Londonienne mariée à un avocat aussi pingre de son argent que de son affection, n'a plus de cesse que de s'organiser des vacances de rêve au nez et à la barbe de son époux. Pour diminuer le coût de la location, elle entraîne trois autres femmes dans son aventure: la très pieuse Rose Arbuthnot, dont le mari écrit sous pseudonyme des bibliographies de courtisanes célèbres, l'acariâtre Mrs Fischer qui vit dans le souvenir des grands intellectuels qu'elle fréquentait autrefois, et la sublime Lady Caroline Dester qui n'aspire qu'à mettre un maximum de distance entre elle et ses innombrables prétendants. La beauté enchanteresse de San Salvatore va transformer les quatre femmes en profondeur...

Ecrit dans les années 20, "Avril enchanté" surprend par sa liberté de ton et son ironie très fine. Elizabeth von Arnim se moque gentiment de ses personnages, avec une belle irrévérence mais aussi beaucoup de tendresse et un style tout à fait savoureux. L'excellente traduction de François Dupuigrenet Desroussilles contient des ratiocinations, des irénismes et une flopée d'imparfaits du subjonctif - de quoi satisfaire tous les amoureux d'un certain langage fleuri. Véritable explosion de couleurs et de parfums, la peinture de la végétation au coeur de laquelle se niche San Salvatore évoque un jardin d'Eden aux vertus miraculeuses. Les tourments et les déboires des quatre vacancières témoignent du carcan des conventions de leur époque avec un humour qui ne fait pas oublier les avancées de la condition féminine au cours du dernier siècle. Bref, une lecture légère et pétillante, mais plus substantielle qu'il n'y paraît au premier abord. 

"Autrefois, ce seul mot était à la fois magique et rassurant. Ses amis de Londres, tous gens de son âge et de sa condition, avaient connu cet univers enchanté, pouvaient le comparer aux légèretés du temps présent, et savaient trouver dans le souvenir des grands hommes une consolation à la médiocrité vulgaire des jeunes gens qui, en dépit de la guerre qui en avait tué beaucoup, occupaient indûment la plus grande partie du monde."

"Mellersh, en dépit de son tempérament froid, se laissait même aller à des gestes de tendresse tout à fait inhabituels (...). Au cours de cette deuxième semaine au château, il lui arriva en effet de lui pincer non pas une oreille mais deux avant d'aller dormir. Très peu préparée à de pareils débordements, Lotty se demandait ce qu'il lui réservait pour la troisième semaine, lorsqu'il ne lui resterait plus de nouvelles oreilles à pincer."

samedi 29 décembre 2012

"La tendresse des crocodiles" et "L'ivresse du poulpe"


Nous sommes en 1921. Le professeur Modeste Picquigny a disparu en Afrique alors qu'il cherchait le Mokélé Mbêmbé, un monstre antédiluvien. Jeanne, son intrépide fille unique, s'efforce de le retrouver avec l'aide d'Eugène Love Peacock, ivrogne solitaire et néanmoins grand coureur de jupons... 

Réédités en un seul volume par Casterman, "La tendresse des crocodiles" et "L'ivresse du poulpe" racontent les deux premières grandes aventures de Jeanne Picquigny à travers le vaste monde. Autour d'une héroïne au caractère bien trempé gravitent des personnages secondaires savoureux, parfois un peu cinglés, qui ne se font guère d'illusions sur la nature humaine et ont renoncé depuis belle lurette à trouver un sens à la vie. Pourtant, chacun d'eux profite de l'existence à sa manière teintée d'ironie ou de mélancolie. 

Les dessins très noirs et comme gribouillés de Fred Bernard ne plairont pas à tout le monde. J'ai mis quelque temps à apprécier leur beauté peu évidente, et surtout la façon dont ils contribuent à créer une atmosphère intensément charnelle, voire teintée de mysticisme. Cela fait, je me suis laissée happer par la trajectoire hors du commun d'une héroïne profondément libre et vibrante, femme à l'esprit indomptable qui ne cesse de choisir sa vie et d'assumer ses erreurs. La suite de ses aventures est déjà dans ma PAL, et quand je l'aurai terminé, je relirai très volontiers le volume consacré à sa petite-fille Lily Love Peacock, qui m'avait charmée en 2006.