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dimanche 25 juin 2017

"Danser" (Astrid Eliard)


Ils sont trois, âgés de treize ans, qui viennent d'entrer en première division à l'école de danse de l'Opéra de Paris: Chine la discrète, ravie d'échapper à une mère célibataire et négligente; Delphine la sociable qui passe son temps à l'infirmerie et se cache pour pleurer parce que ses parents lui manquent trop; Stéphane le cadet d'une famille de cinq garçons, prodige au physique disgracieux que les hormones commencent à tourmenter. Ils ont les mêmes problèmes, les mêmes interrogations, les mêmes doutes que tous les adolescents, mais doivent les mettre de côté pour se plier aux exigences de leur vocation précoce. Car pour devenir une Etoile comme ils en rêvent tous, ils ne peuvent se permettre aucun manquement à la discipline et doivent rester maîtres de leur corps en toutes circonstances...

Les amateurs de danse classique savent déjà combien l'apprentissage des petits rats est réputé difficile; les autres le découvriront ici à travers les trois jeunes héros qui tour à tour racontent la naissance de leur passion et leur adaptation à la vie de cet internat très particulier. A un âge où on ne pense souvent qu'à s'amuser et à enchaîner les expériences nouvelles, eux ont déjà choisi leur carrière et doivent presque tout lui sacrifier. Astrid Eliard pourrait forcer le trait en insistant sur la fatigue physique, les dérapages alimentaires ou les rivalités entre élèves; au lieu de ça, sans nier ces derniers, elle choisit de se concentrer sur l'intimité de ses personnages, leurs pensées les plus sincères et leurs sentiments les plus délicats ou les plus vifs. Un roman qui se lit d'un trait, et dont je regrette seulement la fin un peu abrupte.

mercredi 13 mars 2013

"Polina"


Ce long roman graphique de Bastien Vivès suit l'évolution d'une jeune danseuse depuis le moment où, âgée de six ans, elle intègre une prestigieuse école de ballet. Elle y rencontre son mentor, le professeur Bojinski, réputé pour son classicisme et pour une sévérité qui a déjà poussé bien de ses élèves à s'en aller en claquant la porte. Plus tard, nous la voyons changer d'école, puis prendre un tournant décisif en rejoignant avec son petit ami une troupe avant-gardiste...

Au premier abord, j'ai eu du mal à accrocher sur les dessins en noir et blanc minimalistes et le trait comme tremblé de l'auteur. Petit à petit, l'impression d'inachèvement s'est effacée, et je me suis mise à trouver qu'au contraire, le dépouillement du graphisme servait la sensibilité de l'histoire. A travers le parcours de son héroïne Polina, Bastien Vivès parle des rapports très forts qui peuvent exister entre un professeur et son élève, mais aussi de l'opposition entre tradition et modernité dans l'art. Ses personnages ne sont guère bavards, et l'auteur suggère leurs sentiments plus qu'il ne les expose. Pendant les trois premiers quarts du récit, je me suis demandé qui était vraiment Polina et pourquoi elle dansait, et j'avoue que cela m'a un peu gênée. Mais j'ai aimé la façon dont elle finit par se révéler quand elle part en Allemagne, et que de juste butée elle devient volontaire et passionnée. La conclusion, à la fois nostalgique et résolument tournée vers l'avenir, est l'une des plus jolies que j'aie vue en bande dessinée. Seul petit regret: les bonds dans le temps, quand il s'écoule plusieurs années entre une page et la suivante, auraient gagné à être marqués de façon plus explicite. Mais globalement, "Polina" reste une belle découverte, et un album qui mérite bien les prix qu'il a récoltés.