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dimanche 7 janvier 2018

"Emma G. Wildford" (Zidrou/Edith)


Un autocollant coup de coeur de mon libraire préféré, faisant référence aux aventures de Jeanne Picquigny. Le nom du scénariste Zidrou (dont j'adore généralement les histoires). Le superbe rabat de couverture magnétisé et les documents volants glissés entre les pages. Je ne pouvais pas manquer de me jeter sur "Emma G. Wildford", et de le dévorer sitôt rentrée chez moi.

En Angleterre dans les années 20. Emma, jeune poétesse ayant déjà deux recueils à son actif, est sans nouvelles de son fiancé depuis près d'un an. Issu d'une longue lignée d'explorateurs, Roald est parti en expédition dans le grand froid norvégien en promettant de l'épouser à son retour et en lui laissant une lettre à ouvrir uniquement s'il lui arrivait malheur. Emma, qui n'en peut plus d'attendre et ne manque ni de caractère ni de courage, décide de partir elle-même à sa recherche...

Tous les ingrédients étaient réunis pour que je passe un bon moment de lecture - ce qui a été le cas, jusqu'à l'ouverture de la fameuse lettre. Les révélations de Roald m'ont paru tomber comme un cheveu sur la soupe, le personnage ayant été trop peu développé auparavant pour que son comportement apparaisse comme compréhensible. J'ai également trouvé la fin de l'histoire trop abrupte. Il me semble que le scénario aurait mérité un récit plus étoffé, qu'il y aurait facilement eu de quoi remplir une vingtaine de pages supplémentaires. J'aurais voulu que l'expédition d'Emma soit plus développée, tout comme son retour à la vie civile. Néanmoins, une belle bédé pour les amateurs du genre.

mercredi 29 octobre 2014

"Je ferai de toi un homme heureux"


A Trondheim, dans les années 60, huit familles encore jeunes se partagent un immeuble résidentiel. Au rez-de-chaussée, Mme Asen, obsédée par la propreté de l'escalier commun, et son mari qui aime tisser des tapis à ses heures perdues déplorent de ne pas avoir d'enfants, cependant que M. Moe regrette d'en avoir eu un avec son épouse neurasthénique qui ne remontera plus jamais à l'arrière de sa moto. Au premier étage, Mme Rudolf est exaspéré par son fils adolescent qui écoute de la musique rock beaucoup trop fort et par son mari qui s'intéresse davantage à ses livres qu'à la confirmation imminente de leur rejeton. Mme Larsen, anglaise d'origine, tient un salon de coiffure à domicile au grand dam de son mari traducteur qui se retrouve obligé de louer un bureau en ville. Au deuxième, M. Berg tyrannise son épouse et ses deux fils, tandis que les Salvesen forment un couple harmonieux - madame cousant des robes pour toute la famille, monsieur fabriquant des bateaux en bouteille le soir. Au troisième, Peggy-Anita Foss, la pin-up de l'immeuble, fait son ménage en sous-vêtements tandis que son représentant de mari arpente les routes et reste souvent absent deux semaines d'affilée. M. Karlsen, un professeur veuf, néglige sa fille qu'il ne nourrit pas assez et enferme souvent dehors dans l'escalier glacial, ne s'intéressant à elle que pour ses aptitudes aux mathématiques. Un jour, un installateur de judas passe dans l'immeuble et propose à chaque famille ce système ingénieux qui permettra aux dames, officiellement de ne plus ouvrir leur porte aux gens qu'elles ne veulent pas voir, officieusement, d'épier leurs voisins...

L'auteure norvégienne Anne B. Ragde, connue pour traiter de condition féminine sous un angle réaliste et souvent assez dur, livre ici un roman à la fois un peu plus facile et un peu moins intéressant que d'habitude. Bien que peu réjouissants dans l'ensemble, ses portraits de ménagères de moins de 50 ans sont très réussis et mettent admirablement en évidence les progrès sociaux survenus en à peine un demi-siècle, fût-ce dans la région du monde la plus avancée en matière de droits des femmes. J'ai beaucoup aimé la description détaillée de leur quotidien et de leurs pensées, très révélatrice d'une époque: j'avais vraiment l'impression de regarder à travers un judas, non pas dans le couloir d'un immeuble, mais bien à l'intérieur de chaque appartement. Le mariage, l'amour, le sexe, la parentalité, le travail, les tâches domestiques sont autant de sujets passés au crible sous huit angles différents et néanmoins homogènes. Par contre, je regrette que le propos du livre se limite à cela, et que "Je ferai de toi un homme heureux" se conclue par le passage de l'installateur de judas au lieu d'embrayer sur les relations des différentes familles pour créer au moins un semblant d'histoire. Il y avait là les bases d'un excellent roman qui, de mon point de vue, ne se concrétise jamais. A quelques exceptions près, les voisins se côtoient sans vraiment interagir, si bien qu'au final, on obtient plutôt une collection de nouvelles "mitoyennes". Un livre qui laisse un goût d'inachevé. 

jeudi 3 février 2011

"Nemi T3: Miss Terreur"



Quand j'ai appris qu'Editeur Préféré s'apprêtait à publier cette bédé norvégienne que j'adore (et que je lisais jusque là en anglais), j'ai aussitôt appelé la charmante éditrice responsable de la collection graphique pour chouiner: "Mais pourquoi tu m'as pas filé la traaaaaad?" Et elle de répondre, un peu interloquée: "Euh, tu parles norvégien maintenant?"

Hum. Ah oui, tiens, ça pourrait être utile.

Cela dit, Aude Pasquier à qui a échu le boulot s'est super bien débrouillée. Pour avoir traduit un tout petit peu de bédé, je sais combien c'est dur de restituer un humour parfois spécifique à la langue de départ, tout en restant dans le maximum de signes imposé par la taille des bulles. Franchement, certaines fois, c'est juste mission impossible. Et je trouve que très peu des strips de la VF tombent à plat. Bravo, collègue!

Donc, "Miss Terreur", le tome 3 de Nemi, vient juste de sortir en français, et il m'a fait rire autant sinon plus que les deux précédents. L'héroïne est toujours aussi sarcastique et pleine de mauvaise foi; elle continue à refuser de rentrer dans le moule et à remettre violemment les cons à leur place. Son adoration pour la fantasy en général et "Le Seigneur des Anneaux" en particulier fournit la matière à des gags sublimement jouissifs. Avec elle, le gouvernement norvégien, les FAI et la poste locale en prennent plein la gueule (l'occasion de constater que les problèmes sont les mêmes partout dans le fond!).

Juste pour vous mettre en appétit:
Copine n°1 (à copine n°2): Nemi est passée à l'école maternelle où je travaille. Elle a distribué des vêtements noirs à tous les enfants et mis un CD de Sisters of Mercy à fond.
Nemi: Ouais, faut les éduquer tôt avant qu'ils deviennent sportifs.