lundi 16 février 2015

"Orange"


Un matin, alors qu'elle se rend au lycée où elle est en première, Naho reçoit une drôle de lettre: une lettre du futur! Rongée par le remords, la jeune femme qu'elle est devenue dix ans plus tard souhaite aider celle qu'elle était autrefois à ne pas commettre les mêmes erreurs. Aussi, elle a décrit dans un long courrier les événements qui vont se dérouler dans la vie de Naho lors des prochains mois, et indiqué à cette dernière comment elle doit se comporter vis-à-vis de Kakeru, le nouvel élève qui ne la laisse pas indifférente... 

Sauf titres exceptionnels de par leur qualité (je pense notamment aux séries "Nana" ou "Le sablier"), le shôjo, ce n'est pas franchement ma tasse de sencha - je suis bien trop vieille et pas assez romantique! Pour m'accrocher, il faut un petit quelque chose en plus: l'approche culinaire, comme dans "Un amour de bentô", ou... une uchronie personnelle, comme dans "Orange". 

Si l'action se déroule principalement dans le présent de l'héroïne, quelques scènes espacées nous montrent la Naho de 26 ans et nous permettent assez vite de comprendre le drame qu'elle cherche à éviter. Le suspense ne se situe pas là: il réside dans les changements que la Naho de 16 ans parvient à provoquer malgré sa timidité et son manque d'assurance. Pourra-t-elle détourner le cours tragique des événements? Et si oui, que deviendra son alter ego plus âgé? 

Au début du tome 1 de "Orange", Ichogo Takano s'excuse de ne pas savoir dessiner. Ce n'est qu'un effet de l'humilité ahurissante des Japonais: à défaut d'originalité, son trait est plein de charme et de délicatesse. Une formule qui pourrait aussi s'appliquer à son héroïne. Les manga sont pleins de ces adolescentes rongées par le doute, incapables de croire qu'un garçon puisse s'intéresser à elles et encore plus de prendre la moindre initiative en amour. Mais du coup, il est intéressant de voir de quelle manière la situation oblige Naho à sortir de sa zone de confort. 

Sans atteindre l'intensité dramatique de "Nana" ou même de "Le sablier" avec lesquels il possède certains thèmes communs, "Orange" m'a suffisamment plu pour que j'aie envie de savoir ce qu'il adviendra de Naho, Kakeru et leurs amis. Le tome 3 vient juste de paraître. La série est encore en cours de parution au Japon, mais annoncée comme "courte". 

jeudi 12 février 2015

"Le sourire des femmes"


"Le hasard n'existe pas. Aurélie, jeune propriétaire d'un restaurant parisien, en est convaincue depuis qu'un roman lui a redonné goût à la vie après un chagrin d'amour. A sa grande surprise, l'héroïne du livre lui ressemble comme deux gouttes d'eau. Intriguée, elle décide d'entrer en contact avec l'auteur, un énigmatique collectionneurs de voitures anciennes qui vit reclus dans son cottage, en Angleterre. Mais l'éditeur du romancier ne va pas lui faciliter la tâche... Au sein d'un Paris pittoresque et gourmet, "Le sourire des femmes" nous offre une comédie romantique moderne, non sans un zeste de magie et d'enchantement."

Après une succession de romans très bons mais passablement déprimants, je cherchais une lecture légère et agréable, un bouquin dans lequel je me plongerais avec délices et que je refermerais sourire aux lèvres. Auréolé d'un Prix des Lecteurs, "Le sourire des femmes" semblait remplir parfaitement mon cahier des charges. Et au début, je l'ai adoré sans réserve pour une multitude de raisons. D'abord, le style fluide, ni trop précieux ni trop familier, aux antipodes de ce que j'appelle "l'écriture Cosmo" - un ramassis de clichés sur la féminité et les rapports entre les deux sexes, assenés avec une fausse connivence qui m'est insupportable. Ici, rien de tel. L'auteur ne prend pas sa lectrice pour une pintade, et il émaille sa narration de références  culturelles judicieusement choisies. Premier bon point pour lui. Ensuite, il sait exploiter l'atmosphère romanesque bien qu'un peu déprimante de Paris en novembre pour mettre en scène une héroïne qui inspire immédiatement la sympathie: elle vient de perdre son père, son mec la plaque comme un parfait goujat, sa meilleure amie adepte de la bienveillance dure la bouscule inutilement... Mais comment ne pas aimer une fille qui flashe sur un parapluie à pois ou un manteau rouge et collectionne les pensées sous forme de petits papiers épinglés aux murs de sa chambre? Enfin, la peinture du milieu de l'édition, pleine d'humour et de tendresse, m'a rappelé combien j'étais chanceuse de travailler dans ce secteur.

J'étais donc prête à faire une critique dithyrambique de ce roman, et puis... mon enthousiasme est quelque peu retombé en chemin, au fur et à mesure que l'intrigue devenait prévisible jusque dans ses moindres détails et que la prometteuse Aurélie se comportait de manière de plus en plus sotte. J'ai regretté que le filon culinaire ne soit pas exploité davantage malgré la présence de quelques recettes en fin de livre, et que l'imbroglio amoureux occulte tous les autres à-côtés alléchants qui auraient pu étoffer l'histoire. J'ai quand même terminé ma lecture très vite, et elle a été agréable dans l'ensemble, mais j'avoue que j'espérais mieux au départ.

mercredi 11 février 2015

"Demokratia T1"


"Fruit de l'émulation entre Taku Maezawa, élève en ingénierie, et Hisashi Iguma, spécialiste en robotique, le concept de Demokratia semble révolutionnaire: 3 000 personnes recrutées au hasard sur le web décideront à la majorité via un réseau social des faits et gestes de Mai. Ce robot d'apparence féminine pourrait ainsi devenir le creuset d'un savoir collectif, la convergence de 3 000 intelligences. Mais l'expérience pourrait aussi révéler qu'à l'épreuve du monde réel, démocratie n'est pas toujours synonyme de raison..."

Il y a 3 ans, Motorô Mase me captivait avec "Ikigami: préavis de mort", thriller social noir et passionnant. Il revient aujourd'hui avec une nouvelle série au thème tout aussi provocant et au traitement non moins dérangeant: "Demokratia". J'ai toujours pensé que la démocratie était une fausse bonne idée: pourquoi la majorité ferait-elle nécessairement des choix éclairés? L'auteur semble partager mon point de vue. Dès ce tome de mise en place, nous voyons des gens ordinaires piloter un robot humanoïde avec les meilleures intentions du monde, mais d'une façon souvent discutable - chacun d'eux basant ses décisions sur des expériences personnelles qui affectent son jugement. Sans le vouloir, ils vont exercer une influence catastrophique sur un jeune désaxé, personnage malchanceux broyé par une enfance difficile et par les conventions sociales. Loin de la structure répétitive d'"Ikigami", je suis assez curieuse de voir où l'auteur compte emmener son histoire cette fois.

jeudi 29 janvier 2015

"Station Eleven"


Par une soirée enneigée à Toronto, le célèbre acteur Arthur Leander meurt sur scène en interprétant le rôle de sa vie. Le même jour, un virus aussi foudroyant que meurtrier a débarqué en Amérique du Nord. Il éradiquera 99% de la population mondiale en l'espace de quelques semaines.

An 20 après l'effondrement de la civilisation. Kirsten Raymonde, qui incarnait une des trois filles du roi Lear le soir de la mort d'Arthur, voyage avec la Symphonie Errante. Cette caravane de musiciens et de comédiens joue de la musique classique et des pièces de Shakespeare dans les minuscules communautés qu'elle croise sur sa route. Passée la violence omniprésente des premiers temps, les survivants de la Grippe Géorgienne s'efforcent de rebâtir leur existence sans aucun de leurs proches ni des ressources qu'ils tenaient pour acquises autrefois...

Le post-apo, ce n'est vraiment pas mon genre littéraire préféré: beaucoup trop angoissant pour moi. Pourtant, je me suis laissée séduire par les excellentes critiques de "Station Eleven", ainsi que par sa jolie couverture et par la belle écriture aperçue en feuilletant les premiers chapitres.

Difficile de raconter ce roman qui ne possède pas d'intrigue à proprement parler. Le passé et le présent s'y emmêlent pour reconstituer la trajectoire des différents protagonistes, dont la plupart sont liés à la représentation théâtrale sur laquelle s'ouvre "Station Eleven" - une soirée ordinaire en apparence, mais qui sera la dernière de la civilisation telle que nous la connaissons. D'un côté, une ère de confort absolu pour les Américains qui mènent des existences passablement vides; de l'autre, une ère de dénuement et de danger qui engendre pourtant des scènes d'une beauté étrange autant que poignante. Et à travers tout cela, une question sous-jacente: qu'est-ce qui, dans la civilisation, vaut la peine d'être préservé? Qu'est-ce qui justifie le combat pour la survie de l'individu et de la race humaine? J'ai été agréablement surprise par la profondeur de sentiments et la puissance d'évocation dont parvient à faire montre la très jeune auteure. Mélange de pragmatisme brutal et de poésie surréaliste, "Station Eleven" fait partie de ces oeuvres capables de hanter ses lecteurs très longtemps.

Ce roman n'a pas encore été traduit en français, mais vu le succès qu'il a remporté sur le marché anglophone, j'imagine que ça ne tardera pas!

mercredi 21 janvier 2015

"Les pommes miracle"


"Bien qu'il ait grandi dans une ferme, Akinori Kimura ne se prédestinait pas à devenir agriculteur. Mais suite à son mariage, il finit par reprendre l'exploitation de son beau-père. Alors qu'il coule de beaux jours à la campagne, son quotidien est bouleversé quand il découvre avec horreur que son épouse est allergique aux pesticides employés pour la culture de leurs pommiers. D'abord par amour, puis par conviction, Akinori Kimura va changer totalement sa façon de concevoir son métier et son rapport à la nature..."

Tiré d'une biographie écrite par Takuji Ishikawa, ce manga en un seul tome aborde la question de l'agriculture biologique par le biais d'une expérience humaine individuelle. Akinori Kimura possède un esprit scientifique développé qui le pousse à tester mille et une alternatives aux pesticides, puis à établir des statistiques pour faire émerger les meilleures méthodes de production naturelles. Pendant dix ans, il essuie des échecs et entraîne sa famille dans la pauvreté sans jamais se décourager, parce qu'il croit en sa vision. Et sa ténacité finit par payer. Porteuse d'un message d'espoir pour l'environnement, l'histoire de ce petit personnage si sympathique est aussi émouvante qu'édifiante. Après "Daisy, lycéennes à Fukushima", les éditions Akata nous gratifient une fois de plus d'un manga intelligent qui ne se contente pas de divertir ses lecteurs. Je suivrai leurs prochaines publications de près. 

mardi 20 janvier 2015

"Rooms"


Après la mort de Richard Walker, patriarche égoïste qui avait fini abandonné de tous, sa famille revient à Coral River pour mettre un peu d'ordre dans ses affaires. Son ex-femme Caroline n'a jamais cessé de l'aimer, et elle est devenue alcoolique; sa fille aînée Minna n'a jamais cessé de le haïr, et elle est devenue nymphomane; son fils cadet Trenton ne l'a pas vraiment connu et cherche surtout un moyen de se suicider. Tout ce petit monde est observé par les fantômes qui hantent les murs de la maison. Eux aussi ont leurs secrets et leurs desseins inavoués...

"On se croirait dans un film de Wes Anderson, mais avec des fantômes", affirmait cette liste des meilleurs livres de fantasy et de fantastique parus en 2014. Il ne m'en a pas fallu davantage pour me procurer "Rooms", premier roman adulte d'une auteure qui sévit habituellement au rayon littérature jeunesse. Et c'est peu dire que j'ai été déçue. Le découpage de la narration par pièce de la maison m'a semblé complètement artificiel - un gimmick juste destiné à structurer l'histoire ou à justifier son titre. Les personnages imparfaits auraient pu être attachants; ils ne sont que dépourvus de consistance, vaguement irritants dans le meilleur des cas. Les révélations n'ont rien de fracassant ou d'original et tombent systématiquement à plat. Le style fait penser à celui d'une étudiante qui suivrait un cours d'écriture créative pour la première fois de sa vie. J'ai tenu jusqu'à la fin parce que j'espérais un twist qui justifierait l'ennui profond ressenti pendant trois cents pages - mais non, rien. Ce bouquin est une colossale perte de temps.

samedi 17 janvier 2015

"Le maître des livres"


A la bibliothèque de la Rose Trémière, spécialisée dans la littérature jeunesse, officie un employé pas comme les autres. Certes, Mikoshiba est coiffé comme un champignon et particulièrement peu aimable, mais il possède un don rare pour mettre entre les mains de chaque visiteur le livre qui saura résoudre ses problèmes et l'aider à changer sa vie...

Ode au pouvoir transformateur de la littérature, "Le maître des livres" rassemble autour de son revêche et mystérieux héros toute une galerie de personnages secondaires un peu paumés, qui seront sauvés de leurs démons par un roman bien choisi et deviendront des habitués de la Rose Trémière. Ainsi se créera petit à petit une communauté de lecteurs passionnés qui viendront à leur tour en aide aux nouveaux visiteurs. Ce manga très sympathique compte pour l'instant 3 tomes parus en français - le 4ème étant prévu pour courant mars.