mardi 19 juillet 2011

"Eleven"



Cinq jours par semaine, Xavier Ireland, présentateur d'une émission de radio nocturne, dispense ses conseils avisés à des auditeurs insomniaques. Mais lui-même se garde bien d'établir quelque relation intime avec qui que ce soit depuis que, cinq ans auparavant, il a quitté Melbourne pour Londres, changeant de pays et de nom afin de laisser derrière lui un passé douloureux. Fidèle à son habitude de ne plus se mêler de la vie des autres, un soir de février enneigé, il passe son chemin alors qu'une bande de brutes tabasse un lycéen dans la rue. C'est le début d'une réaction en chaîne pareille à une chute de dominos, une série de onze incidents dont les protagonistes ne réalisent pas l'influence que chacun d'eux va exercer sur la vie des autres. La conclusion sera tragique... ou pas.

Si vous cherchez encore un bouquin à emporter dans vos bagages pour ces vacances, un livre très bien construit sans être prise de tête, une histoire pas franchement hilarante et qui réchauffe néanmoins le coeur, un roman plein de sensibilité mais pas nian-nian que vous aurez envie de dévorer d'une traite, je vous conseille de vous jeter sur "Eleven" (disponible en VO ou en français). Je n'ose pas vous en dire plus de crainte de déflorer le plaisir de la découverte, mais c'est un de mes gros coups de coeur de cet été.

lundi 18 juillet 2011

"Elinor Jones" T1 & 2



Depuis l'envoûtant "Candélabres", je suis fan d'Algésiras. Alors, quand j'ai vu qu'il qu'elle avait sorti une nouvelle série, je me suis jetée immédiatement dessus même s'il si elle n'en avait signé que le scénario. Il faut dire que les dessins d'Audrey d'Aurore, mêlant une inspiration shôjô manga au côté plus abouti de la bédé européenne, ont tout pour séduire les amateurs. Mais arrivée chez moi, quand j'ai voulu lire "Le bal de printemps", je me suis rendu compte que c'était déjà le tome 2 d'"Elinor Jones", et que le tome 1 était en rupture sur Amazon, argh! Au final, j'ai dû attendre mon passage à la Fnac de Toulouse pour en récupérer un exemplaire, que j'ai dévoré le soir même.

Elinor Jones vient d'être embauchée par la famille Tiffany, qui dirige la maison de haute-couture la plus select d'Angleterre. Dès son arrivée dans leur magnifique domaine, elle fait la connaissance de la chef d'atelier, la très jeune et immensément talentueuse Bianca, ainsi que de son frère aîné Abel. La première est rieuse et solaire, le second toujours maussade et d'un tempérament orageux. Mais lors de la préparation du premier des trois grands bals donnés chaque année par les Tiffany pour servir de vitrine à leur travail, la tension ne tarde pas à monter, et le véritable caractère de chacun se révèle peu à peu...

Les deux premiers tomes de cette future trilogie sont un ravissement avec leurs dessins pastels pleins de douceur et de poésie, ainsi que leur scénario bien rythmé qui sait ménager des surprises et entretenir un certain suspens sans en faire le seul intérêt de l'histoire. J'aurais sans doute préféré une atmosphère un peu plus gothique, un peu plus vénéneuse - bref, un peu plus "adulte". Mais telle quelle, cette "Elinor Jones" est tout à fait digne d'intérêt. J'ai hâte que sorte le tome 3 pour lever le voile sur tous les secrets de la famille Tiffany.

dimanche 10 juillet 2011

"The particular sadness of lemon cake"



Rose Edelstein a neuf ans lorsque, goûtant le gâteau au citron que sa mère vient de lui préparer, elle s'aperçoit avec horreur qu'elle perçoit le goût des émotions de cette dernière. Et que sa mère si affectueuse et si enthousiaste se sent, en réalité, profondément seule et malheureuse entre un mari qui ne la comprend pas et un fils aîné adoré mais perpétuellement distant.

A compter de ce jour, l'étrange don de Rose se met à conditionner toute sa vie. La fillette n'ignore plus rien des humeurs des cantinières de son école et, redoutant de surprendre des secrets ou d'être submergée par des émotions trop négatives, entreprend de se nourrir le plus souvent possible de junk food fabriquée par personne en particulier...

Je ne voudrais pas spoiler la suite en parlant davantage de la singulière famille de Rose. Je dirai juste que l'élément fantastique qui sert de point de départ à ce roman d'Aimee Bender, loin d'éloigner le lecteur de la réalité, met en évidence les aspects les plus poignants de celle-ci: l'incompréhension silencieuse entre les parents de l'héroïne, l'enfermement progressif de son frère, ses premiers émois amoureux à sens unique... L'écriture très simple, surtout au niveau des dialogues, n'empêche pas "The Particular Sadness of Lemon Cake" de suinter une poésie mélancolique pareille à une petite pluie fine. J'ai beaucoup aimé les passages où Rose dissèque la composition des plats qu'elle mange, identifiant l'origine des aliments et l'humeur des gens qui les ont manipulés. Et j'ai trouvé la conclusion extrêmement satisfaisante, ce qui est assez rare pour être noté.

Ce livre n'est pas encore traduit en français.

lundi 4 juillet 2011

"Les plus beaux dimanches après-midi du monde" et "Les mille et un lundis"



Attention, ces deux bouquins des éditions gruyéroises Plonk & Replonk sont de petits bijoux d'humour pince-sans-rire: des recueils de photomontages totalement absurdes, réalisés à partir de vieux clichés dont tous les sujets ont l'air impassible et flanqués de légendes invariablement tordantes, comme "La terrible épidémie de moustache de 1890" pour la couverture ci-contre.

Curieusement, j'ai de loin préféré les "lundis" aux "dimanches". Et vu la manière dont Chouchou s'est esclaffé en lisant un pauvre quart des "dimanches", je ne suis pas certaine que j'oserai lui passer les "lundis" ensuite: je redoute une crise d'hilarité mortelle. Les recueils Plonk & Replonk ne sont pas faciles à trouver en librairie hors de la Gruyérie, mais à Bruxelles, Cook & Book vend ces deux-là près des caisses du bloc A au prix de 26€ pièce. Qu'on se le dise.

vendredi 17 juin 2011

"Undead and unwed"



Toujours à la recherche d'une série drôle et pas trop débile pour combler le vide laissé par les aventures de Stephanie Plum et celles d'Izzy Spellman, j'ai jeté mon dévolu sur une nouvelle héroïne. Elizabeth Taylor, dite Betsy, a trente ans. Elle est secrétaire et vit seule avec son chat. Alors qu'elle vient juste de se faire licencier, Betsy est tuée dans un accident de voiture. Elle revient à elle dans son cercueil et, ne comprenant pas pourquoi elle n'est pas restée morte, tente par tous les moyens de remédier à cette erreur de la nature. Ses vaillants efforts pour se supprimer demeurent vains: apparemment, Betsy est devenue hyper-balèze et quasi-indestructible. Elle exerce en outre une étrange attirance sur tous les mâles qui l'approchent. Ne comprenant pas encore ce qui lui arrive, elle rentre chez elle et découvre que sa vilaine marâtre a profité de son décès pour s'emparer de sa collection de chaussures griffées...

Pour faire court, Betsy est désormais une vampire - mieux encore: la reine des vampires, dont la venue a été annoncée par une prophétie millénaire! Ce qui ne l'arrange pas du tout, car elle voudrait juste continuer à mener une non-vie normale. Malheureusement pour elle, deux factions rivales tentent de la rallier à leur cause. La première est dirigée par un aspirant Bela Lugosi mal sapé, la seconde par une sorte d'Elvis au regard de braise.

A partir de là, l'histoire est assez prévisible. Comme dans la plupart des séries de bit-lit (ou est-ce juste dans AB?), la prude héroïne va rapidement devenir une chaudasse doublée d'une tombeuse. Du moins le fera-t-elle en Manolo Blahnik plutôt qu'en Nike. "Undead and Unwed" ne fait clairement pas mal à la tête, mais Betsy et ses deux sidekicks humains, Jessica et Marc, sont plutôt attachants; le style de MaryJanice Davidson ne manque ni d'humour ni de vivacité, et il n'y a guère de temps morts dans la narration. J'ai aimé l'équilibre entre le pitch fantaisiste, très second degré - pas si éloigné de "une lycéenne blonde écervelée est Elue par des puissances supérieures pour combattre le Mal" - et une réalité parfois cruelle, pleine d'enfants molestés et de dépressifs suicidaires. J'ai descendu d'une traite les 250 pages de ce sympathique petit roman. La bonne nouvelle, c'est qu'il en existe sept autres en anglais, et que les quatre premiers tomes de la série sont déjà traduits en français (avec des couvertures bien plus chouettes que celles de la VO).

jeudi 16 juin 2011

"Je veux être femme au foyer"



Non, je ne suis pas dégoûtée des scènes d'empalement et de partouzes au point de vouloir abandonner mon métier. Il se trouve juste que la pin-up de la couverture a attiré mon attention lors d'un récent passage chez Cook & Book, et qu'un rapide coup d'oeil à l'intérieur m'a convaincu que je passerais un bon moment avec ce livre de la Canadienne Rosemary Counter.

Dès l'introduction, le ton est donné: il sera vif et impertinent, voire politiquement incorrect. "Avocate dans un grand cabinet ou serveuse dans un bar, toute femme a son moment de lucidité. Fatiguée, débraillée, elle finit par se demander: qu'est-ce qui est plus amusant que d'aller au boulot? Ne pas aller au boulot. Mais à quoi pourrait-elle passer toutes ses journées? A faire tout ce qui lui plaît. Et les revendications du MLF? Et bien, elle a maintenant tout le temps de lire "le deuxième sexe" dans sa baignoire. Et qu'y a-t-il de plus girl power que d'envoyer un homme faire le boulot à sa place? Rien. Je ne dis pas que vous n'apportez pas votre contribution. En fait, votre simple présence est votre contribution. Certes, vous ne savez pas cuisiner, mais Dieu que vous êtes mignonne en tablier. Le ménage vous dégoûte, bien sûr, mais vous avez le numéro d'une adorable vieille dame originaire de Lisbonne qui ne demande qu'à le faire. Vous avez parfois du mal à tenir quelques Martini (le plus souvent, d'ailleurs, ce sont eux qui vous tiennent...) mais vous savez organiser des soirées géniales."

La suite est du même tonneau. Exemple, la recette des "Crêpes-je-suis-désolée-Chéri", pour quand la femme au foyer a quelque chose à se faire pardonner. Ingrédients: De la farine, 1 oeuf sans la coquille, 1 tasse de lait frais de préférence (si vous n'en avez pas, allez frapper à la porte de votre voisin sexy d'une manière suggestive). Préparation: Mélangez le tout dans un saladier. Versez la pâte dans une poêle chaude beurrée. Quand ça sent le cramé, retournez la crêpe. Quand ça sent à nouveau le cramé, c'est prêt." Ou encore, les 10 commandements de la grasse matinée: "1. Tu ne te réveilleras pas aux aurores. C'est à la fois totalement inacceptable et contraire à la marche naturelle des choses. Ca crée aussi un mauvais précédent." On atteint des sommets de drôlerie dans les quizz (mention spéciale à "Quelle est la profession de votre homme?") et les tableaux censés expliquer l'utilité des ustensiles de cuisine ou appareils électro-ménagers. De plus, la mise en page à base d'illustrations style 50's est totalement craquante. Un chouette cadeau à faire ou à se faire.

jeudi 9 juin 2011

"Narcogenèse"



Chaque fois que je pars en salon ou en convention, je reviens avec une brassée de bouquins écrits par des potes. Je ne les lis pas toujours. Ou, si je les lis et qu'ils ne me plaisent pas, je m'abstiens d'en parler. Mais à peine "Narcogenèse" refermé, je suis heureuse de pouvoir dire ici tout le bien que j'ai pensé du troisième roman publié par Anne Fakhouri chez l'Atalante.

C'est l'histoire d'une famille qui, depuis des générations, règne sur le domaine du Chais. Une famille riche et jalousée, qui se tient à l'écart du commun des mortels. Une famille dont toutes les filles sont un peu sorcières, et dont tous les garçons connaissent une fin tragique avant l'âge adulte. Une famille qui n'a pas conscience de ses propres secrets, et qui risque bien d'être rattrapée par eux. Tout commence lorsque plusieurs habitants de la région, frappés par des crises de somnambulisme, deviennent agressifs et dangereux après la tombée de la nuit. Peu de temps après, un orphelin disparu est retrouvé dans l'enceinte du Chais, violenté et à demi mort de froid...

Dans une ambiance oppressante comme celle d'un roman de Stephen King, Anne Fakhouri conjure les plus horribles des tabous liés à l'enfance. Ses chapitres courts sont autant de briques dont on peine d'abord à discerner de quelle manière elles s'emboîtent, mais qui entraînent implacablement le lecteur vers le royaume cauchemardesque du Marchand de Sable - lequel ne se montre guère plus tendre avec ses jeunes proies que l'abominable clown de "Ca". Je n'ose en dire davantage de peur de dévoiler les clés d'une intrigue remarquablement bien construite, à cheval entre la réalité et le monde onirique. Mais si vous aimez vous faire peur et que vous n'êtes pas sujet(te) aux insomnies, plongez-vous sans tarder dans "Narcogenèse".

Message personnel: Anne, tant qu'à reprendre l'allégorie du Magicien d'Oz, tu aurais au moins pu filer une paire de chaussures rouges à Zette!