lundi 16 août 2010

"Obsessive consumption"


Samedi après-midi en flânant chez Cook&Book (a.k.a "my favorite place in Brussels"), je suis tombée sur le livre d'une graphiste qui, depuis plusieurs années, s'astreint à dessiner chaque jour une chose qu'elle achetée en ajoutant la date, le prix et éventuellement quelques précisions manuscrites sur l'objet concerné.

Dans l'introduction de "Obsessive Consumption: What Did You Buy Today?", Kate Bingaman-Burt écrit: "I draw objects that are rather ordinary: Coke cans, Post-it notes, toilet bowl cleaner - sundry items that a lot of consuers have a shared experience with; items that we interact with but don't really think about. I love documenting the mundane and, in turn, putting a personal face on something that is mass-produced. I make work about personal consumerism, market economics, guilt, joy, excess, more guilt, gifst, celebration, repetition, and the community of these shared experiences."

Les gens qui suivent ce blog depuis un certain temps l'auront remarqué: j'ai une relation amour-haine avec le concept de consommation. D'un coté, je trouve ça désespérément creux et potentiellement suicidaire: il y a quand même des choses plus intéressantes à faire dans la vie que les magasins, surtout quand on sait que nous sommes en train d'épuiser les ressources de la planète à la vitesse grand V. Et d'un autre côté... Ooooh, les jolies chaussures! Il me les faut, il me les faut, il me les faut! J'ai bien du mal à trouver un équilibre entre les deux extrêmes, le point de consommation juste qui permet de se faire plaisir sans culpabiliser ni s'encombrer l'espace et l'esprit pour rien. Donc bien entendu, j'ai sauté sur cette occasion de décortiquer le mode de vie d'une autre Occidentale née dans un pays riche où presque tout lui est accessible.

Mais je ne me suis pas arrêtée là, décidant de reproduite l'expérience de Kate Bingaman-Burt. J'avais justement un petit carnet Clairefontaine à spirale, épais avec du beau papier blanc, qui me semblait idéal pour ce genre d'entreprise. Je sais: je tiens déjà un agenda quotidien et un 5-year diary dans lequel je note une phrase marquante chaque jour, mais je ne me lasse jamais d'exploiter mon quotidien. Certains se divertissent en écrivant des romans situés dans des univers inventés de toutes pièces; moi, ce que j'aime, c'est étudier les petits riens qui font ma vie de tous les jours. Oui, je suis terre-à-terre. Chacun son vice.

Je me suis fixé comme règle de dessiner directement à l'encre et très rapidement, contrairement à ce que je fais dans mes carnets de voyage ou pour mes portraits de chaussures. Le but est de s'exercer quelques minutes chaque jour pour acquérir l'aisance et l'assurance qui me manquent encore. Mon seul achat d'aujourd'hui a été ma souscription à un atelier en ligne proposé par Elise Blaha, une scrapeuse américaine dont je suis le blog depuis plus de deux ans. Comment dessiner quelque chose d'intangible? Chez moi, voici ce que ça donne...

mercredi 11 août 2010

"The gargoyle"


Alors qu'il rentre chez lui en voiture après une nuit de débauche, un homme voit jaillir une volée de flèches enflammées du bois qui borde la route. Il donne un coup de volant; sa voiture tombe dans un précipice et prend feu. Il survit miraculeusement, mais dans un tel état qu'il commence aussitôt à planifier son suicide. Car avant son accident, cet homme dont nous ne connaîtrons jamais le nom était un acteur et un réalisateur de films pornos, personnage cynique et sans scrupules dont toute l'existence était basée sur son pouvoir de séduction. Désormais, il est défiguré, en proie à une douleur atroce et mutilé de la pire des façons pour lui, puisque les flammes ont dévoré son pénis. Ce qui reste de sa vie ne vaut plus la peine d'être vécu, songe-t-il. Jusqu'au jour où une patiente de l'aile psychiatrique voisine fait irruption dans sa chambre et entreprend de lui conter une incroyable histoire. Selon elle, ils se sont connus et aimés sept siècles auparavant, alors qu'elle était une jeune nonne prodigieusement douée pour les langues et lui un mercenaire grièvement blessé au cours d'une bataille par... une flèche enflammée.

J'ai eu beaucoup de mal à dépasser les premiers chapitres de "The Gargoyle". Pour une petite nature comme moi, la description détaillée de la souffrance causée par des brûlures au 3ème degré et du traitement à appliquer à la victime était quasi insoutenable. Néanmoins, quelque chose m'a poussée à continuer. Pas la sympathie que je pouvais éprouver pour le narrateur, qui n'en inspire aucune même si l'on peut comprendre qu'il soit devenu ce qu'il est après une enfance passablement traumatisante. Mais j'aimais déjà le style prenant de l'auteur et l'atmosphère gothique qui se dégageait de ce roman. Puis Marianne Engel est entrée en scène, et il n'a plus été question d'abandonner ma lecture. Comme le narrateur, j'ai été séduite par cette femme mystique et exaltée, sculptrice de talent spécialisée dans les gargouilles grotesques qu'elle prétend ne pas créer mais "libérer de la pierre". Je me suis laissée envoûter par les histoires d'amour tragiques dont, telle Schéhérazade, elle entrecoupait le récit de sa propre existence. Je me suis demandé si elle était folle ou si elle avait réellement vécu toutes ces choses et rencontré tous ces gens. J'ai retenu mon souffle en attendant de voir ce qui se passerait lorsqu'elle aurait fini de restituer mille coeurs selon les instructions de ses Trois Maîtres. J'ai cogité sur les notions de dépassement de soi et de rédemption. Et malgré de nombreuses questions laissées sans réponse à la fin, j'ai refermé "The gargoyle" avec la certitude que c'était un livre qui resterait longtemps avec moi.

Cet ouvrage est disponible en français sous le titre "Les âmes brûlées".

vendredi 30 juillet 2010

"The book of unholy mischief"


Pour me faire acheter un roman dont je n'ai même jamais entendu parler, il suffit de prononcer la formule magique "livre maudit", si possible accompagnée de précisions telles que: "contient un secret qui excite la convoitise de gens mal intentionnés" ou "laisse derrière lui un sillage de mort et de destruction". A ce stade, j'ai la bave aux lèvres et je trépigne pour filer ma carte bleue au libraire.

Voilà comment le premier roman d'Elle Newmark a atterri sur ma table de chevet. Situé dans la Venise du XVème siècle, il raconte l'histoire de Luciano, un jeune orphelin qui peine à vivre d'expédients. La tache de naissance sur son front lui vaut d'être recueilli par le chef cuisinier du palais des Doges. Mais à travers les recettes qui lui permettent de manipuler l'humeur des puissants, c'est un héritage bien vaste et bien dangereux que maître Ferrero se propose de transmettre à son protégé...

"The Book of Unholy Mischief" fait partie de ces romans qui ne sont pas des chef-d'oeuvre et dont on ne peut pourtant s'empêcher de tourner les pages pour connaître la suite. Le style de l'auteur est parfois laborieux; on la sent très appliquée notamment dans ses descriptions. C'est lorsqu'il s'agit de nourriture qu'elle semble le plus à l'aise, parvenant avec aisance à recréer l'atmosphère d'une cuisine de palais et dissertant avec brio sur les vertus de tel ou tel aliment. Le personnage de Ferrero, de loin le plus complexe, est directement inspiré de son père, et toute l'histoire semble construite pour le mettre en valeur.

J'aurais aimé que l'accent soit davantage mis sur les luttes politiques déclenchées par le fameux livre, tout en admettant que ça n'aurait pas été logique puisque le narrateur est un gamin des rues inculte qui n'a pas accès aux arcanes du pouvoir. Pourtant l'idée de base, que certains pourraient considérer comme tirée par les cheveux, m'a parue très intéressante. Je serais curieuse de voir ce qu'elle aurait pu donner sous la plume d'un Iain Pears. En l'état, "The book of unholy mischief" a quand même fort bien réussi à me tenir en haleine jusqu'à une fin tragique à souhait.

Sur le thème du livre maudit, je vous conseille également:
- "Le nom de la rose" d'Umberto Eco (ou regardez le film si ce n'est pas déjà fait, il est plus digeste et magistralement interprété)
- "L'ombre du vent" de Carlos Ruiz Zafon, un des meilleurs bouquins que j'ai lus ces dernières années, voire dans ma vie
- "La règle de quatre" de Ian Caldwell et Dustin Thomason

vendredi 9 juillet 2010

"Eat, Pray, Love" & "Committed"


Il y a très exactement quatre ans, je tentais de soigner mon coeur brisé par ma rupture avec l'Homme en lisant "Eat, Pray, Love" d'Elizabeth Gilbert. Dans ce mémoire devenu depuis lors un best-seller mondial et un film avec Julia Roberts, l'auteur raconte comment, suite à un divorce douloureux, elle décide de prendre une année sabbatique pour voyager à la recherche d'elle-même. En Italie, elle apprendra les plaisirs de la nourriture; en Inde, elle découvrira la méditation et la spiritualité; à Bali, enfin, elle retrouvera la sérénité et l'amour. A l'époque, son récit m'avait beaucoup touchée. Pas à cause de son style, ni bon ni mauvais, mais grâce à l'immense sincérité qui transpirait de chacune de ses phrases, à sa façon sans fard et pourtant jamais impudique de raconter ses tourments et ses interrogations. "Eat, Pray, Love" m'avait redonné de l'espoir à un moment où j'en avais bien besoin.

Quelques années plus tard, lors d'une visite chez Waterstone, je découvre qu'Elizabeth Gilbert a publié un nouveau mémoire appelé "Committed", et la curiosité me pousse à l'acheter pour connaître la suite de son histoire. A la fin de "Eat, Pray, Love", elle rencontrait Felipe, un Brésilien de naissance naturalisé australien et vivant en Indonésie, et tous deux entamaient une histoire transcontinentale. Oui mais voilà: un jour, les autorités américaines alertées par les allées-venues incessantes de Felipe menacent de lui interdire l'accès au pays où sont basés à la fois son amoureuse et son commerce de pierres importées. Un mariage semble le seul moyen de contourner le problème, mais obtenir les autorisations nécessaires s'annonce très long.

Alors, pendant une année de plus, Elizabeth et Felipe, virtuellement sans ressources, deviennent nomades en Asie du Sud-Est où la vie ne leur coûte presque rien. Traumatisée par son divorce précédent, l'auteur en profite pour faire des recherches sur l'institution du mariage à travers le monde et les siècles dans l'espoir d'apaiser son appréhension. Elle en tire un livre un peu bâtard, à l'intersection du mémoire, de l'étude historique et de l'essai sociologique, que j'ai eu beaucoup de mal à terminer en dépit de nombreux passages très intéressants. "Committed" soulève toute sorte de questions sur le couple occidental moderne, les notions d'amour conjugal et d'engagement. Mais pour quelqu'un qui, à la base, ne s'interroge pas particulièrement sur la chose, il est d'une lecture un peu aride. On sera néanmoins ravi d'apprendre que les ennuis de l'auteur et de son amoureux se résolvent à la fin.

"Eat, Pray, Love" est publié en français sous le titre "Mange, Prie, Aime"Committed" n'a pas encore été traduit.

dimanche 4 juillet 2010

Lady Doll T1: "La poupée intime"


Gaja est une petite fille pas comme les autres. En butte aux moqueries de ses camarades, à la cruauté de son père et à la dureté de sa gouvernante, elle a pris l'habitude de se réfugier dans un monde imaginaire peuplé par ses poupées. Une seule personne compte encore pour elle: sa mère. Hélas, celle-ci est gravement malade, et son époux cupide complote pour l'éliminer afin de s'emparer de sa fortune...

Les dominantes roses, rouges et oranges qui frappent le regard lorsqu'on ouvre cet album forment un contraste audacieux avec la noirceur du scénario de Daniele Vessella. Beatrice Penco Secchi aurait pu réaliser une bédé toute en ombres; elle a choisi au contraire de faire exploser ses couleurs à chaque case, et elle a bien fait. Si vous aimez les atmosphères victoriennes, les psychodrames grinçants, les costumes travaillés et les grands yeux des héroïnes de manga, "Lady Doll" devrait vous plaire. Mais pour connaître la suite et le dénouement de cette tragédie aux portes de la folie, il vous faudra attendre la parution du tome 2.

mardi 29 juin 2010

"Unseen academicals"


"Unseen Academicals" est le 37ème de la série des Annales du Disque-Monde, de Terry Pratchett. Non, je n'ai pas fait de faute de frappe. 37 romans de 500 pages environ situés dans le même univers, ça paraît incroyable, non? Presque autant qu'un auteur qui continue à écrire un à deux livres par an alors qu'il est atteint de la maladie d'Alzheimer...

Alors bien sûr, je trouve que la qualité de la série a quelque peu décliné au fil du temps. Le dernier tome qui a failli me faire mourir de rire était sans doute le 20ème, "Hogfather", dans lequel la Mort se voyait contrainte de jouer le rôle du Père Noël. Depuis, je n'ai pas toujours apprécié les sujets de satire choisis par Pratchett. "Going postal" ou "Money", par exemple, m'ont laissée assez froide. "Unseen Academicals", qui raconte comment les magiciens de l'Université Invisible montent une équipe de football pour disputer un championnat - un thème d'actualité, même en l'absence de vuvuzelas dans le livre - ne restera pas non plus parmi mes préférés.

N'empêche que le style très reconnaissable de l'auteur est toujours agréable à lire, et que même quand je ne me bidonne pas, je trouve toujours de nombreuses occasions de sourire ou de secouer la tête en me disant: "Bien vu". Pratchett est décidément le roi du jeu de mots; Patrick Couton, son traducteur français, n'a pas volé les nombreuses récompenses qu'il a raflées pour son travail. Et c'est un plaisir de retrouver d'une fois sur l'autre les personnages hauts en couleur auxquels je suis le plus attachée, y compris lorsqu'ils ne jouent qu'un rôle secondaire. Chaque apparition du seigneur Vetinari, de la Mort ou de Mémé Ciredutemps me remplit d'une intense jubilation. Pour le plaisir de me replonger chaque fois dans l'univers loufoque et étrangement cohérent du Disque-Monde, je continuerai à lire les Annales jusqu'au dernier tome.

mardi 22 juin 2010

"Finger lickin' fifteen"


Je me souviens très bien de l'époque où j'ai découvert la série des Stephanie Plum. J'ai dévoré les six qui étaient déjà sortis en poche et, n'y tenant plus, le septième qui n'était encore disponible qu'en grand format en l'espace de quinze jours (délais de livraison Amazon compris.) C'était l'été 2001 et tous les soirs, je me fourrais sous les draps du grand lit que je venais juste d'acheter et de monter moi-même après plus de trois ans passés à dormir dans un clic-clac. J'habitais dans un vieil immeuble aux murs assez épais pour maintenir la chaleur méridionale à distance, mais même à travers ma porte-fenêtre fermée, j'entendais les voitures qui passaient dans l'avenue deux étages plus bas. Je les entendais et je m'en fichais: j'étais trop occupée à me tordre de rire en lisant les invraisemblables (més)aventures de cette chasseuse de primes aussi peu douée que poissarde.

Après ça, j'ai dû attendre un an que paraisse chaque nouveau tome de la série. Et au fil du temps, la qualité de celle-ci n'a cessé de décliner. Les méchants barges et brillants du début sont devenus juste cons; les personnages secondaires excentriques et savoureux ont progressivement viré à la caricature; et les intrigues policières se sont réduites à une peau de chagrin tandis que l'héroïne continuait à hésiter entre les deux hommes de sa vie aux répliques et aux réactions archi-prévisibles. Mais je crois qu'avec le tome 15, on touche définitivement le fond.

C'est comme si Janet Evanovich générait désormais ses bouquins à partir d'une check-list établie par ordinateur. A priori, "Finger Lickin' Fifteen" comporte tous les éléments qui ont fait le succès de la série. Stephanie y détruit le nombre règlementaire de bagnoles et se retrouve successivement couverte de peinture rouge, de sauce barbecue et de farine. Mémé Mazur défouraille à la moindre occasion; Lula continue à s'empiffrer et à porter des fringues improbables; Maman Plum se signe en se demandant ce qu'elle a fait au ciel pour avoir une fille pareille et Papa Plum se réfugie dans la contemplation de son assiette en marmonnant des trucs incompréhensibles; Morelli ou Ranger sont toujours là pour sortir Stephanie du pétrin et lui promettre une nuit torride. Oui, il y a tout dans ce tome 15, sauf peut-être ce qui fait un bon bouquin: une âme. Je me suis ennuyée ferme pendant 370 pages. Une fois de plus, l'incapacité d'un auteur à s'arrêter à temps est en train de gâcher ce qui était à la base une excellente série.

(...dit-elle avant d'attaquer "Unseen academicals", le 37ème tome des Annales du Disque-Monde de Terry Pratchett.)