lundi 7 février 2011

"On n'a pas toujours du caviar"


C'est une critique de Funambuline qui, en avril dernier, m'avait fait mettre ce roman dans mon panier Amazon... où il est resté, un peu oublié ("De quoi ça parle déjà, et pourquoi je voulais le lire?") jusqu'à cet hiver. Je suis retombée dessus il y a trois semaines, alors que je cherchais quelque chose de drôle et qui se lise très vite pour faire une pause dans la lecture de "A clash of kings", formidable mais archi déprimant.

Pendant la seconde Guerre Mondiale, un jeune banquier londonien victime d'une escroquerie montée par son associé se retrouve prisonnier des Allemands. Ceux-ci acceptent de le libérer à condition qu'il travaille désormais pour leurs services de renseignements. Une série d'incidents, de quiproquos et de malentendus vont faire de Thomas Lievin, humaniste amateur de jolies femmes et de bonne chère, un agent triple qui ne servira jamais aucun pays et dont l'unique objectif restera toujours de sauver des vies humaines.

Le héros de "On n'a pas toujours du caviar" est présenté comme un mélange de James Bond et d'Arsène Lupin, un grand séducteur capable de rouler tous ses adversaires dans la farine pour se sortir des situations les plus désespérées la conscience en paix et les mains propres. Malgré son amour de la cuisine et les recettes intercalées dans la narration chaque fois qu'il organise un dîner pour régaler ses amis ou retourner ses ennemis, je l'ai trouvé un peu fade par rapport à ces deux références - ce qui ne m'a pas empêchée de prendre beaucoup de plaisir à suivre ses aventures rocambolesques aux rebondissements multiples. J'ai aimé qu'il me ramène dans des endroits connus comme Londres, Toulouse, Lisbonne ou Marseille; j'ai aimé qu'il ridiculise les crétins et les fous meurtriers de tous bords; j'ai aimé sa façon pacifique de contrer les coups du sort et de résister à la violence qui fait rage autour de lui; j'ai aimé les personnages secondaires caricaturaux mais savoureux qui l'entourent. Bref, j'ai passé avec lui un moment pas inoubliable mais fort divertissant.

jeudi 3 février 2011

"Nemi T3: Miss Terreur"



Quand j'ai appris qu'Editeur Préféré s'apprêtait à publier cette bédé norvégienne que j'adore (et que je lisais jusque là en anglais), j'ai aussitôt appelé la charmante éditrice responsable de la collection graphique pour chouiner: "Mais pourquoi tu m'as pas filé la traaaaaad?" Et elle de répondre, un peu interloquée: "Euh, tu parles norvégien maintenant?"

Hum. Ah oui, tiens, ça pourrait être utile.

Cela dit, Aude Pasquier à qui a échu le boulot s'est super bien débrouillée. Pour avoir traduit un tout petit peu de bédé, je sais combien c'est dur de restituer un humour parfois spécifique à la langue de départ, tout en restant dans le maximum de signes imposé par la taille des bulles. Franchement, certaines fois, c'est juste mission impossible. Et je trouve que très peu des strips de la VF tombent à plat. Bravo, collègue!

Donc, "Miss Terreur", le tome 3 de Nemi, vient juste de sortir en français, et il m'a fait rire autant sinon plus que les deux précédents. L'héroïne est toujours aussi sarcastique et pleine de mauvaise foi; elle continue à refuser de rentrer dans le moule et à remettre violemment les cons à leur place. Son adoration pour la fantasy en général et "Le Seigneur des Anneaux" en particulier fournit la matière à des gags sublimement jouissifs. Avec elle, le gouvernement norvégien, les FAI et la poste locale en prennent plein la gueule (l'occasion de constater que les problèmes sont les mêmes partout dans le fond!).

Juste pour vous mettre en appétit:
Copine n°1 (à copine n°2): Nemi est passée à l'école maternelle où je travaille. Elle a distribué des vêtements noirs à tous les enfants et mis un CD de Sisters of Mercy à fond.
Nemi: Ouais, faut les éduquer tôt avant qu'ils deviennent sportifs.

Margaux Motin : L'authentique et l'ersatz



Je venais juste de terminer "La théorie de la contorsion" quand j'ai appris que mon père avait un cancer. Du coup, je n'en ai jamais parlé ici. Je n'avais de toute façon pas grand-chose à en dire, à part que Margaux Motin, c'est toujours de la balle. Personne ne dessine les filles comme elle, sublimes même dans leurs gestes les plus ridicules et les moins glamour. Et puis cette attention portées aux détails vestimentaires, notamment aux chaussures! Parfois, je la trouve un poil trop vulgaire (le coup du Tampax, c'est, euh, comment dire... un peu too much pour moi qui ne suis pourtant pas spécialement timide quand il s'agit de parler de fonctions corporelles), mais ça fait partie de sa personnalité. Voilà une illustratrice qui a un vrai style original et assumé. Et elle me fait vraiment rire. Je love.



Je venais juste d'apprendre que mon père était apparemment en rémission quand j'ai aperçu "Autobiographie d'une fille Gaga" sur la table des nouveautés chez Filigranes. "Tiens, ça ressemble vaguement à du Margaux Motin", ai-je pensé en feuilletant l'ouvrage. Impression qui s'est confirmée à la lecture le soir même. Ca ressemble à du Margaux Motin, dont on découvre d'ailleurs que l'auteur l'a rencontrée et qu'elle est un peu devenue sa "marraine". Simplement, ça n'en a ni le piquant ni l'originalité. Du sous-Margaux Motin, donc - pas désagréable à lire ni à regarder, mais pas désopilant non plus, et manquant un peu de personnalité. La seule fois où j'ai ri, c'est en imaginant ma copine Junior, elle aussi grand fan de Lady Gaga, à la place de Diglee dans les passages où celle-ci se prépare pour aller aux concerts de son idole. A sa décharge, l'auteur n'a encore que 22 ans et tout le temps de développer son propre style. Vous pouvez jeter un coup d'oeil à son blog ici.

jeudi 27 janvier 2011

"Quatre soeurs"



Après avoir dévoré le premier tome de la bédé et lu des tas d'avis enthousiastes sur la série de romans dont elle était tirée, je n'ai pas résisté longtemps: j'ai filé sur Amazon et je me suis commandé l'intégrale de "Quatre soeurs", de Malika Ferdjoukh.

Arrivée presque en même temps que moi à Monpatelin, elle aura sauvé une semaine de soirées pendant lesquelles je risquais de déprimer sec. Vers 19h, sitôt mon boulot du jour terminé, je filais me blottir sur Chloé mon canapé transsexuel, je tirais une douillette couverture en polaire sous mon menton et je me transportais instantanément à la Vill'Hervé pour retrouver les soeurs Verdelaine au sommet de leur falaise battue par les vents. Je m'indignais des mauvais tours joués par cette chipie de Bettina, je pouffais devant la ruse déployée par Enid pour faire dormir avec elle les chats de la maison, j'avais le trac avec Hortense avant qu'elle monte sur scène pour jouer sa première pièce de théâtre, je compatissais aux hésitations amoureuses de Charlie, je grinçais des dents devant la radinerie de tante Lucrèce, j'espérais de tout mon coeur que l'état de Muguette s'arrangerait, je me demandais où diable était passée tante Jupitère, je humais presque l'odeur du cake aux noix de Geneviève sortant du four, j'écrasais une larme quand les spectres de Lucie et Fred Verdelaine prenaient enfin congé de leurs filles, et je voulais que cette histoire ne se termine jamais. Je voulais continuer à regarder vivre ces personnages si fantaisistes et attachants; je voulais leur demander de me faire une place à la grande table de la cuisine pour boire du lait chaud avec eux pendant mes insomnies.

Je pourrais vous énumérer les qualités littéraires du texte de Malika Ferdjoukh; vous expliquer que la bonne littéraire jeunesse est de la bonne littérature tout court; disserter sur la façon dont l'auteur a su rendre son récit à la fois intemporel et très ancré dans notre époque; m'amuser de ses nombreux jeux de mots et des charmants tournures de phrases qu'elle se plaît à inventer. Mais rien de tout cela n'expliquerait vraiment pourquoi je suis tombée amoureuse de ces "Quatre soeurs". La vérité, c'est que ce livre est plein d'une grâce lumineuse et que l'espace de 600 pages, il m'a fait oublier tout le reste. C'est le plus beau compliment que je puisse faire en ce moment.

mercredi 12 janvier 2011

"Quatre soeurs, T1: Enid"


"Tout comme les Trois Mouquetaires étaient quatre, les Quatre Soeurs Verdelaine sont cinq." Il y a Charlotte dite Charlie, 23 ans, qui joue courageusement les chefs de famille depuis la mort de leurs parents dans un accident de voiture. Il y a la blonde Geneviève, 16 ans, qui dort dans un lit clos dont les autres se moquent, repasse les draps, prépare des confitures et prend des cours de boxe thaï en secret. Il y a la rouquine Bettina, 14 ans, qui s'épile les jambes au caramel pour draguer Juan le fils du boulanger et papote avec ses copines sur Facebook à grands renforts de "lol". Il y a Hortense, 11 ans, une solitaire toujours le nez plongé dans un livre ou dans son journal intime. Il y a enfin la petite dernière, Enid, 9 ans 1/2, l'amie des animaux qui veille farouchement sur ses deux familiers: Blitz l'écureuil et Swift la chauve-souris.

Tout ce petit monde habite une vieille maison en ruines où règne constamment une joyeuse pagaille. De temps en temps, les fantômes de Fred et Lucie Verdelaine se manifestent pour conseiller à leurs filles de ne pas se goinfrer de cake aux noix ou leur rappeler le mode d'emploi du monstre en fonte capricieux qui leur tient lieu de chaudière. Basile, le médecin transi d'amour pour Charlie, vient goûter tous les dimanches; et parfois, l'insupportable tante Hortense débarque sans prévenir...

"Quatre soeurs" s'inspire d'une tétralogie de romans de Malika Ferdjoukh dont je n'avais jamais entendu parler jusqu'ici, mais que je dois maintenant me retenir de commander sur Amazon car elle présente l'avantage indéniable d'être déjà terminée (et même regroupée en intégrale) - alors que les éditions Delcourt n'annoncent pas encore de date de sortie pour le tome 2 de la bédé. Or, j'ai eu un ENORME coup de coeur pour cette série, et même si les dessins de Cati Baur y sont certainement pour beaucoup, j'ai très envie de découvrir sans attendre la suite de cette histoire pleine de fantaisie, d'humour, de tendresse et d'espièglerie. Un plaisir à consommer sans modération.

mardi 11 janvier 2011

"Freedom"


Dieu que c'était chiant.

Telle est la première chose qui me vient à l'esprit quand je tente de résumer mon opinion du dernier Jonathan Franzen. Qui malheureusement écrit toujours aussi bien, de sorte que je me suis quand même forcée à à terminer les 560 pages de "Freedom" malgré des personnages tous aussi irritants les uns que les autres et d'interminables considérations politico-écologiques ennuyeuses à mourir (alors que le sujet m'intéresse!).

Dans "The corrections", j'avais trouvé un élément accrocheur chez chacun des membres de la famille disséquée à la loupe. Les Berglund, eux, m'ont inspiré une indifférence absolue tant au niveau individuel que collectif, et la façon dont l'auteur les utilise pour illustrer différents points de vue sur l'évolution de la société américaine m'a laissée de marbre alors que d'habitude, c'est plutôt le genre de concept qui marche avec moi.

Faute d'apprécier le propos, je me suis donc contentée d'admirer la mécanique: la façon pas complètement linéaire qu'a Jonathan Franzen de narrer les événements, ses phrases interminables et pourtant jamais indigestes, et surtout son talent pour adopter des styles différents selon que la partie en cours se focalise sur la mère ex-star de basket universitaire dépressive, le père trop mou gentil pour son propre bien, le fils rebelle qui brandit des convictions républicaines pour se démarquer de ses parents, ou le musicien de rock qui couche avec la mère alors qu'il éprouve un amour bien plus sincère pour le père. Mais globalement, cette lecture a été un pensum.

Vivement que je reçoive le tome 4 des Spellman, parce que là, j'ai mon compte de bouquins déprimants!

lundi 10 janvier 2011

"One day"


Admirez cette couverture façon roman Harlequin moderne - ou au mieux, roman de Nick Hornby auquel l'auteur David Nicholls est souvent comparé. Parcourez la quatrième de couverture: "15th July 1988. Emma and Dexter meet on the night of their graduation. Tomorrow they must go their separate ways. So where will they be this one day next year? And the year after that? And every year that follows?". Forcément, vous vous attendez à une sorte de remake littéraire de "Quand Harry rencontre Sally", une comédie romantique drôlissime avec des dialogues qui font mouche.

Vous ne pourriez pas être davantage à côté de la plaque.

C'est vrai que les deux personnages principaux de "One Day" se rencontrent à la fac et vont passer vingt ans à être de simples amis. Non qu'il n'y ait pas d'attirance entre eux, mais celle-ci se manifeste toujours à contretemps, quand l'un(e) est disponible et l'autre pas. Le lecteur les retrouve tous les 15 juillet, à la date anniversaire de leur rencontre, pour un point sur la façon dont leur vie et leur relation ont évolué depuis l'année précédente. C'est souvent surprenant bien que non dénué de logique. Tandis qu'Emma s'essaye au théâtre et s'ennuie à travailler comme serveuse dans un resto mexicain avant de devenir prof d'anglais, Dexter voyage à travers le monde avec l'insouciance que lui confère l'argent de ses parents, puis profite de son physique de jeune premier pour devenir animateur de télévision. La première s'enlise dans une relation avec un homme qu'elle n'aime pas, puis une liaison avec son chef marié; le second tombe dans le piège des coups d'un soir, de la drogue et de l'alcool. Au fil des chapitres, ils perdent leurs illusions de jeunesse et leur foi en l'avenir. Et quand ils se mettent enfin ensemble, une tragédie totalement inattendue ne tarde pas à les séparer.

J'ai aimé la construction de ce livre, le principe consistant à retrouver les deux héros chaque année à la même date: ça permet de couvrir une longue période de temps sans devenir ennuyeux parce que trop long. Petit inconvénient, le passage d'un 15 juillet à l'autre manque parfois de fluidité, mais cette cassure contribue aussi à maintenir l'intérêt du lecteur en éveil. Et j'ai adoré la fin-qui-n'en-est-pas-une, le fait que l'auteur continue à raconter trois 15 juillet après la tragédie qui sépare ses personnages en les entremêlant à des scènes inédites jusque là du tout premier 15 juillet qu'ils ont passé ensemble, juste après leur remise de diplôme. Ainsi, on referme quand même le livre sur une note optimiste, à un moment où leur histoire ne fait que commencer et où ils savent qu'ils se reverront. Pour autant, je vous avoue que malgré toutes ses qualités, "One day" m'a solidement déprimée. Je ne le recommanderais pas à quelqu'un qui broie du noir ou se demande ce qu'il a fait de ses plus belles années.

Ce livre n'a pas encore été traduit en français mais je veux bien me dévouer pour y remédier; par contre, une adaptation cinématographique est en cours avec Anna Hathaway et Jim Sturgess dans les rôles principaux.