vendredi 13 mars 2015

"The custard protocol T1: Prudence"


Dans une Angleterre victorienne fortement steampunk, Lady Prudence Alessandra Maccon Akeldama est l'unique métanaturelle au monde, capable de voler les pouvoirs de n'importe quelle créature surnaturelle par un simple contact. Son père adoptif, le vampire Lord Akeldama, lui offre un de ces dirigeables dont elle est si friande en lui confiant une mission: se rendre en Inde pour en rapporter une nouvelle variété de thé. Rue sera assistée par son amie d'enfance l'Honorable Primrose Tunstell, très à cheval sur le respect des convenances, mais aussi - à son grand dam - par le professeur Percy Tunstell, frère jumeau de la précédente, et Quesnel Lefoux, ingénieur de génie doublé d'un séducteur fort arrogant. Le voyage ne s'annonce pas de tout repos!

Vingt ans après les événements relatés dans "Le protectorat de l'ombrelle", on retrouve l'univers créé par Gail Carriger à travers les aventures de sa seconde génération de personnages. L'humour délicieusement piquant de l'auteur est toujours au rendez-vous; l'idée de mettre en scène un quatuor (même si Prudence reste clairement l'héroïne de cette nouvelle série) me semble excellente, et la découverte de l'Inde évite de tourner en rond dans un Londres déjà beaucoup exploré. Pourtant, je n'ai pu me défendre contre une vilaine impression de réchauffé, et j'avoue m'être pas mal ennuyée à la lecture de ce tome 1 - surtout pendant l'interminable confrontation finale. Je doute d'acheter les tomes suivants, et ne reviendrai sans doute vers Gail Carriger que si elle se décide un jour à changer d'univers.

jeudi 5 mars 2015

"Folle cuisine"


Mathilde est atteinte d'une maladie rare qui l'empêche de reconnaître les visages et qui risque de lui faire perdre son emploi dans un palace parisien. Barbara, elle, aime faire plaisir à son entourage, quitte à enfreindre la loi. Lorsqu'elles se rencontrent dans la salle d'attente de leur psy, leur amitié est immédiate, et Mathilde fait embaucher Barbara au palace pour l'aider à conserver son poste. Barbara sera les yeux de Mathilde et Mathilde la conscience de Barbara. Et elles ne seront pas trop de deux pour découvrir ce qui, la nuit, hante les couloirs déserts du palace...

Alléchée par cette quatrième de couverture, j'ai acheté "Folle cuisine" sans jamais avoir entendu parler ni de ce titre en particulier, ni de son auteur en général. Quand je fais ça, j'ai une bonne surprise à peu près une fois sur trois. Là, clairement, on était dans les deux tiers statistiques restants. D'originale, j'ai trouvé que l'histoire devenait de moins en moins crédible et surtout très confuse, avec une fin en queue de poisson qui m'a laissée frustrée. Les dessins sont agréables, mais le découpage et la mise en page horriblement conventionnels alors que les rêves hallucinés de Mathilde auraient pu se prêter à toutes les fantaisies. Bref, une bonne idée mal exploitée. 

mercredi 4 mars 2015

"Petites coupures à Shioguni"


Un soir, le jeune propriétaire d'un restaurant au bord de la faillite est agressé dans sa cuisine par trois yakuzas. Une fille qui a assisté à la scène se dépêche de prévenir la police avant de disparaître dans la nature. Que s'est-il passé réellement? Quelques mois plus tard, un enquêteur tente de reconstituer les faits...

Ce n'est pas un secret: j'ai adoré les deux précédents livres de Florent Chavouet. Pourtant, j'ai tardé à faire l'acquisition de celui-ci. Un auteur doué pour le récit de voyage et l'autobiographie ne l'est pas nécessairement pour la fiction, et j'avoue que le sujet ne me tentait pas du tout. Et puis, j'ai fini par craquer en me disant qu'au pire, je pourrais toujours admirer les beaux dessins. 

Verdict: sans surprise, du point de vue graphique, "Petites coupures à Shioguni" est superbe avec ses illustrations aux crayons de couleur et son découpage aussi peu conventionnel que celui de "Tokyo Sanpo" ou "Manabe Shima". Narrativement, je l'ai trouvé très malin grâce à ses témoignages qui divergent, ne révélant la vérité que par petites touches. Pourtant, comme je m'y attendais, l'histoire m'a laissée de marbre. C'est beau, c'est bien fait, mais je n'ai pas eu de coup de coeur.





vendredi 20 février 2015

"Alors voilà"


Je suis hypocondriaque et les hôpitaux me terrifient. Ce qui ne faisait pas franchement de moi la lectrice idéale pour les mémoires à peine romancées d'un interne urgentiste.

D'ailleurs, ce bouquin tiré d'un blog à succès, j'en avais entendu parler à l'époque de sa sortie en grand format, et je l'avais studieusement ignoré. Et puis hier, je cherchais quelque chose de rapide et de pas trop prise de tête à lire dans le train; sans trop savoir pourquoi, j'ai jeté mon dévolu sur "Alors voilà" qui venait de sortir en poche. 

Résultat: un grand huit émotionnel de quatre heures - le temps qu'il m'a fallu pour lire d'une traite cette collection d'anecdotes tantôt hilarantes et tantôt dramatiques, ces portraits de soignants magnifiquement humains. Et au fil de ces heures, l'hôpital cessait d'être pour moi un lieu mortifère pour devenir un organisme grouillant de vie, d'inquiétude et d'espoir, de souffrance mais aussi d'apaisement, de compassion et de formidable dévouement.

Baptiste Beaulieu a la fraîcheur de ses vingt-sept ans, la sensibilité de quelqu'un qui a déjà perdu des proches et traversé un enfer personnel, l'humour noir d'un futur médecin confronté chaque jour à des situations tragiques, une immense bonne volonté qui le motive à secourir son prochain, un désespoir né de son impuissance occasionnelle qui le pousse à s'étourdir pour oublier, et le talent pour raconter tout cela d'une façon absolument sincère, avec un mélange de tendresse et de cynisme, d'empathie et de révolte. 

Je suis hypocondriaque et les hôpitaux me terrifient. Ce qui, curieusement, faisait de moi la lectrice idéale pour "Alors voilà". 

"Frottis a des considérations alimentaires bien à elle: je l'ai déjà vue empiler des parts de pizza les unes sur les autres et engloutir le tout en quelques secondes. 
- Que fais-tu? 
- Un régime. Si tu entasses les parts comme ça, en pyramide, l'estomac ne s'en rend pas compte. 
Elle pense rentrer dans son maillot l'été prochain, mais je ne suis pas convaincu de sa réussite. 
Je lui parle de la patiente de la chambre 7:
- Fabienne est persuadée que c'est bientôt fini. 
Je n'aime pas le mot "mort". On ne meurt pas: on chevauche un étalon arc-en-ciel qui vous emmène faire du rodéo dans les nuages au son de Lucy in the sky with diamonds
Vous l'ignoriez? Si on a été sage, les Beatles sont là pour nous faire passer dans l'au-delà. 
Sinon, pour les salauds, quelqu'un vous attend en chantant Elles sont cuitas, les bananas."

lundi 16 février 2015

"Orange"


Un matin, alors qu'elle se rend au lycée où elle est en première, Naho reçoit une drôle de lettre: une lettre du futur! Rongée par le remords, la jeune femme qu'elle est devenue dix ans plus tard souhaite aider celle qu'elle était autrefois à ne pas commettre les mêmes erreurs. Aussi, elle a décrit dans un long courrier les événements qui vont se dérouler dans la vie de Naho lors des prochains mois, et indiqué à cette dernière comment elle doit se comporter vis-à-vis de Kakeru, le nouvel élève qui ne la laisse pas indifférente... 

Sauf titres exceptionnels de par leur qualité (je pense notamment aux séries "Nana" ou "Le sablier"), le shôjo, ce n'est pas franchement ma tasse de sencha - je suis bien trop vieille et pas assez romantique! Pour m'accrocher, il faut un petit quelque chose en plus: l'approche culinaire, comme dans "Un amour de bentô", ou... une uchronie personnelle, comme dans "Orange". 

Si l'action se déroule principalement dans le présent de l'héroïne, quelques scènes espacées nous montrent la Naho de 26 ans et nous permettent assez vite de comprendre le drame qu'elle cherche à éviter. Le suspense ne se situe pas là: il réside dans les changements que la Naho de 16 ans parvient à provoquer malgré sa timidité et son manque d'assurance. Pourra-t-elle détourner le cours tragique des événements? Et si oui, que deviendra son alter ego plus âgé? 

Au début du tome 1 de "Orange", Ichogo Takano s'excuse de ne pas savoir dessiner. Ce n'est qu'un effet de l'humilité ahurissante des Japonais: à défaut d'originalité, son trait est plein de charme et de délicatesse. Une formule qui pourrait aussi s'appliquer à son héroïne. Les manga sont pleins de ces adolescentes rongées par le doute, incapables de croire qu'un garçon puisse s'intéresser à elles et encore plus de prendre la moindre initiative en amour. Mais du coup, il est intéressant de voir de quelle manière la situation oblige Naho à sortir de sa zone de confort. 

Sans atteindre l'intensité dramatique de "Nana" ou même de "Le sablier" avec lesquels il possède certains thèmes communs, "Orange" m'a suffisamment plu pour que j'aie envie de savoir ce qu'il adviendra de Naho, Kakeru et leurs amis. Le tome 3 vient juste de paraître. La série est encore en cours de parution au Japon, mais annoncée comme "courte". 

jeudi 12 février 2015

"Le sourire des femmes"


"Le hasard n'existe pas. Aurélie, jeune propriétaire d'un restaurant parisien, en est convaincue depuis qu'un roman lui a redonné goût à la vie après un chagrin d'amour. A sa grande surprise, l'héroïne du livre lui ressemble comme deux gouttes d'eau. Intriguée, elle décide d'entrer en contact avec l'auteur, un énigmatique collectionneurs de voitures anciennes qui vit reclus dans son cottage, en Angleterre. Mais l'éditeur du romancier ne va pas lui faciliter la tâche... Au sein d'un Paris pittoresque et gourmet, "Le sourire des femmes" nous offre une comédie romantique moderne, non sans un zeste de magie et d'enchantement."

Après une succession de romans très bons mais passablement déprimants, je cherchais une lecture légère et agréable, un bouquin dans lequel je me plongerais avec délices et que je refermerais sourire aux lèvres. Auréolé d'un Prix des Lecteurs, "Le sourire des femmes" semblait remplir parfaitement mon cahier des charges. Et au début, je l'ai adoré sans réserve pour une multitude de raisons. D'abord, le style fluide, ni trop précieux ni trop familier, aux antipodes de ce que j'appelle "l'écriture Cosmo" - un ramassis de clichés sur la féminité et les rapports entre les deux sexes, assenés avec une fausse connivence qui m'est insupportable. Ici, rien de tel. L'auteur ne prend pas sa lectrice pour une pintade, et il émaille sa narration de références  culturelles judicieusement choisies. Premier bon point pour lui. Ensuite, il sait exploiter l'atmosphère romanesque bien qu'un peu déprimante de Paris en novembre pour mettre en scène une héroïne qui inspire immédiatement la sympathie: elle vient de perdre son père, son mec la plaque comme un parfait goujat, sa meilleure amie adepte de la bienveillance dure la bouscule inutilement... Mais comment ne pas aimer une fille qui flashe sur un parapluie à pois ou un manteau rouge et collectionne les pensées sous forme de petits papiers épinglés aux murs de sa chambre? Enfin, la peinture du milieu de l'édition, pleine d'humour et de tendresse, m'a rappelé combien j'étais chanceuse de travailler dans ce secteur.

J'étais donc prête à faire une critique dithyrambique de ce roman, et puis... mon enthousiasme est quelque peu retombé en chemin, au fur et à mesure que l'intrigue devenait prévisible jusque dans ses moindres détails et que la prometteuse Aurélie se comportait de manière de plus en plus sotte. J'ai regretté que le filon culinaire ne soit pas exploité davantage malgré la présence de quelques recettes en fin de livre, et que l'imbroglio amoureux occulte tous les autres à-côtés alléchants qui auraient pu étoffer l'histoire. J'ai quand même terminé ma lecture très vite, et elle a été agréable dans l'ensemble, mais j'avoue que j'espérais mieux au départ.

mercredi 11 février 2015

"Demokratia T1"


"Fruit de l'émulation entre Taku Maezawa, élève en ingénierie, et Hisashi Iguma, spécialiste en robotique, le concept de Demokratia semble révolutionnaire: 3 000 personnes recrutées au hasard sur le web décideront à la majorité via un réseau social des faits et gestes de Mai. Ce robot d'apparence féminine pourrait ainsi devenir le creuset d'un savoir collectif, la convergence de 3 000 intelligences. Mais l'expérience pourrait aussi révéler qu'à l'épreuve du monde réel, démocratie n'est pas toujours synonyme de raison..."

Il y a 3 ans, Motorô Mase me captivait avec "Ikigami: préavis de mort", thriller social noir et passionnant. Il revient aujourd'hui avec une nouvelle série au thème tout aussi provocant et au traitement non moins dérangeant: "Demokratia". J'ai toujours pensé que la démocratie était une fausse bonne idée: pourquoi la majorité ferait-elle nécessairement des choix éclairés? L'auteur semble partager mon point de vue. Dès ce tome de mise en place, nous voyons des gens ordinaires piloter un robot humanoïde avec les meilleures intentions du monde, mais d'une façon souvent discutable - chacun d'eux basant ses décisions sur des expériences personnelles qui affectent son jugement. Sans le vouloir, ils vont exercer une influence catastrophique sur un jeune désaxé, personnage malchanceux broyé par une enfance difficile et par les conventions sociales. Loin de la structure répétitive d'"Ikigami", je suis assez curieuse de voir où l'auteur compte emmener son histoire cette fois.