mercredi 24 août 2016

"L'instant d'après" (Sarah Rayner)


Un lundi matin, dans le Brighton-Londres de 7h44, un homme s'écroule, foudroyé par une crise cardiaque.
Au cours de la semaine qui suit, Karen, la veuve, doit faire face à son deuil brutal, organiser les obsèques et gérer ses deux enfants encore trop petits pour comprendre ce qui se passe.
Sa meilleure amie Anna, rédactrice publicitaire, fait de son mieux pour la soutenir tandis qu'elle-même se débat dans une relation foireuse avec un type beaucoup plus jeune et alcoolique.
Enfin Lou, qui était assise à côté de Simon au moment de sa mort et exerce le métier de psychologue pour ados à problèmes, prend conscience de la brièveté de la vie et se dit qu'il serait peut-être temps pour elle d'assumer son homosexualité...

C'est toujours délicat d'aborder un sujet comme le deuil sans sombrer dans l'émotion facile, et malheureusement, je ne trouve pas que Sarah Rayner y soit parvenue. Ecriture pas déplaisante mais plutôt fade, héroïnes gentillettes, situations convenues... Un bouquin trop lisse qui ne m'a absolument pas convaincue. 

lundi 22 août 2016

"Dark matter" (Blake Crouch)


A 27 ans, Jason Dessen travaillait sur un projet qui aurait pu révolutionner la physique quantique. Puis il a rencontré Daniela Vargas, une jeune artiste qui est très vite tombée enceinte de lui. Tous deux ont alors mis leurs ambitions professionnelles de côté pour fonder une famille. Aujourd'hui, ils sont heureux ensemble et avec leur fils Charlie, mais s'interrogent sur le chemin qu'ils n'ont pas pris.

Jusqu'au jour où un inconnu braque Jason dans la rue, l'entraîne dans un entrepôt isolé et le bombarde de questions sur sa vie privée avant de l'assommer. Quand Jason reprend connaissance, il se trouve dans un autre monde, un monde où il travaille pour une organisation secrète qui a percé le secret du multivers, un monde où il est un génie acclamé mais a quitté Daniela à l'annonce de sa grossesse et sacrifié sa vie privé à sa carrière... 

Ce roman de Blake Crouch est actuellement n°1 des ventes sur Amazon, et vous savez combien je suis fan d'uchronies personnelles. Poussée par la curiosité, j'ai donc fait une entorse à ma règle et l'ai commandé en grand format pour me jeter dessus. Et j'avoue m'être retenue de lever les yeux au ciel pendant le premier tiers. Oui, bon, le mystérieux agresseur masqué, il faudrait être débile pour ne pas comprendre tout de suite de qui il s'agit. Franchement, quelle histoire cousue de fil blanc! Et puis cette manie de retourner à la ligne après chaque phrase, argh...

Après, je suis arrivée dans le deuxième tiers avec ses accents post-apocalyptiques, et j'ai trouvé ça tellement noir et angoissant que j'ai failli lâcher l'affaire. Mais même si je voyais toujours comment ça allait se terminer, mon intérêt était piqué. Ce qui ne m'empêchait pas de fulminer: prôner que le bon choix de vie, c'est forcément le mariage et la famille, que réaliser une découverte scientifique majeure pâlit en comparaison des joies du foyer, ça me paraissait terriblement convenu et réducteur. 

Et puis dans le dernier tiers, l'auteur est enfin parti dans une direction totalement inattendue et très intéressante, présentant à son protagoniste un dilemme affreux et apparemment insoluble, et l'histoire a viré au thriller psychologique haletant. Tout le long, j'ai eu l'impression de lire le scénario d'un blockbuster, calibré au millimètre sans aucun temps mort et avec beaucoup de scènes d'action - et de fait, en lisant les remerciements à la fin, j'ai découvert qu'un film était en cours de préparation. 

En conclusion, malgré quelques défauts hurlants, "Dark matter" vaut bien la peine d'être lu, surtout si vous êtes vaguement fasciné par la physique quantique, le multivers et la notion d'identité. Je ne doute pas qu'il sera bientôt traduit en français.

dimanche 21 août 2016

"La vie étonnante d'Ellis Spencer" (Justine Augier)


Dans ce futur-là, en pays de Naol, le doute et le rêve sont interdits. L'hyperactivité est un impératif absolu. Les enfants grandissent équipés d'une puce électronique sous-cutanée contrôlant leur état de santé et leurs moindres gestes. Aussi, la trop discrète et chétive Ellis Spencer est un grand sujet d'inquiétude pour ses parents. Placée à l'Académie du Succès, une école censée la remettre dans le rang, elle découvre qu'elle est pas la seule à être marginale...

Parfois, on fait d'excellentes découvertes dans les bouquineries, des livres dont on n'avait jamais entendu parler et qu'on n'aurait pas découvert autrement. Ainsi ce roman jeunesse dont la couverture a attiré mon oeil hier chez Ramd'âm, à Namur: une dystopie cauchemardesque pour les introvertis comme moi, où les vrais livres et le glandouillage sont interdits, où l'on encourage les gens à sociabiliser en permanence, à gueuler tout ce qui leur passe par la tête et à avoir un comportement assertif à chaque seconde. Trop calme et réfléchie, Ellis, 12 ans, est traitée comme une handicapée mentale que ses parents ont écartée du reste de la famille et que les étrangers considèrent avec pitié. L'auteur pousse à l'extrême certaines des dérives actuelles de l'éducation et de la société en général pour mieux les épingler.

"Mr White a parlé de la grandeur d'un pays dans lequel personne ne perdait de temps et tout le monde tentait de maximiser et de rentabiliser ses ressources personnelles. Dans lequel chacun était responsable de son chemin vers le succès. Dans lequel tout était transparent et la vérité triomphante. Dans lequel il n'y avait pas de place pour la paresse ni pour l'oisiveté, pas de place pour l'assistanat ni pour les pensées secrètes."

Bien entendu, il y aura une tentative de révolution... qui s'achèvera, de manière un peu frustrante, par une fin ouverte alors qu'on aurait voulu voir comment la Résistance allait renverser la vapeur et ramener la Naol vers un mode de vie plus humain. Néanmoins, "La vie étonnante d'Ellis Spencer" reste un bon roman pour éveiller en douceur les jeunes consciences à de nombreuses questions politiques et philosophiques.

mercredi 17 août 2016

"Mangeur de feu" (Gérald Gorridge)


A Hanoï, Hoa doit rédiger un guide touristique consacré au pho (prononcer "feu-euh"), la soupe vietnamienne typique. Après avoir mangé dans son échoppe préférée, elle se rend chez Chef Didier qui a francisé la recette en remplaçant le boeuf par du foie gras. Tous deux se lancent dans de grandes suppositions sur les origines exactes du pho... 

Difficile de donner un avis global sur cette surprenante bédé culinaire. J'ai adoré la première partie qui s'attache à la confection du plat même, moins aimé l'histoire des marsouins cernés dans leur fort militaire et de la marchande de vivres peut-être traîtresse, et complètement décroché pendant le délire fantasmagorique sur le génie du pho qui clôture "Mangeur de feu".

Je dirais néanmoins que celui-ci vaut le coup d'oeil ne serait-ce que pour ses dessins magnifiques (mis en valeur par un très beau papier), son mélange de gourmandise et de sensualité, mais aussi l'éclairage culturel qu'il jette sur les rapports entre les langues française et vietnamienne. 

dimanche 14 août 2016

Mes envies pour la rentrée littéraire




ROMANS

"Le rouge vif de la rhubarbe" d'Audur Ava Olafsdottir: J'ai adoré les trois premiers romans traduits en français de cette auteure islandaise à l'écriture si délicate, dont les héros empruntent toujours des chemins de traverse en quête d'eux-mêmes. Et puis, comment un livre comportant le mot "rhubarbe" dans son titre pourrait-il ne pas me plaire? 

"Nos premiers jours" de Jane Smiley. Il y a très longtemps, j'ai lu et beaucoup aimé "Un appartement à New York" de la même auteure. Et surtout, les chroniques familiales qui se déroulent aux Etats-Unis sur plusieurs décennies, je suis toujours assez bonne cliente, surtout si l'éditeur les promet "émouvantes et fascinantes". 

"Les règles d'usage" de Joyce Maynard. Après la mort de sa mère dans les attentats du 11 septembre, une ado de 13 ans part quelques semaine en Californie où elle tente de se reconstruire grâce à ses lectures et ses rencontres. "Un roman d'initiation lumineux", ça aussi, ça fait partie du genre de promesses qui ne peuvent que m'attirer!

MANGA

"Perfect world" de Rie Aruga. Une nouvelle série qui raconte l'histoire d'amour entre une jeune femme valide et son ancien amour de lycée qu'elle retrouve près de dix ans plus tard, alors qu'il est en fauteuil roulant. J'aime quand les mangas abordent des sujets sociaux ou un peu difficiles et font évoluer la vision de leurs lecteurs; j'espère que ce sera le cas de celui-là. 

"Le mari de mon frère" de Gengoroh Tagame. Un papa célibataire qui élève seul sa petite fille voit un jour débarquer le mari de son frère jumeau décédé récemment. Canadien, le jeune veuf est venu faire un voyage identitaire dans la patrie de l'homme qu'il aimait... Un pitch qui me paraît extrêmement prometteur! 

Et vous, quels sont les titres de la rentrée littéraire que vous attendez avec impatience? 

mardi 9 août 2016

Pourquoi j'ai été déçue par "Harry Potter and the cursed child"


Au départ, je ne pensais pas lire "Harry Potter and the cursed child": ce n'était pas le 8ème roman de la saga, mais le script d'une pièce de théâtre, et je savais que ça me plairait forcément moins. Et puis le plan "Ayant épuisé l'histoire de la première génération de héros, intéressons-nous maintenant à leurs enfants" s'est toujours révélé un peu décevant pour moi. Mais après avoir lu les critiques dithyrambiques des premiers spectateurs de la pièce qui se joue actuellement à Londres, j'avoue, j'ai cédé à la hype et commandé le bouquin. Ce qui prouve bien qu'un comportement moutonnier est rarement une bonne idée. 

Car je suis peut-être la seule, mais je n'ai pas du tout aimé "Harry Potter and the cursed child". Passons sur le fait qu'effectivement, lire les dialogues et les indications scéniques d'une pièce, ce n'est pas du tout la même chose que lire un roman construit avec de longs passages narratifs - ça va beaucoup plus vite et c'est un peu l'équivalent littéraire de la barbe à papa, rien d'assez substantiel pour satisfaire mon appétit de lectrice. C'était annoncé dès le départ, et on ne peut pas reprocher à un cochon de ne pas faire "Meuh" (je me comprends).

Le vrai problème, c'est l'histoire. J'ignore quelle part J.K. Rowling a prise à sa conception, mais j'ai eu l'impression de lire une longue fanfic rédigée par des amateurs dont le seul but était de s'amuser en trouvant un prétexte pour réutiliser des personnages morts depuis 20 ans. Résultat: un scénario pas crédible pour deux sous dans lequel les protagonistes enchaînent des décisions aberrantes. Il arrive même un moment où Draco Malfoy devient plus sympathique que Harry Potter! Ce n'est pas "Harry Potter 8": c'est une farce pour enfants, dans le meilleur des cas. Une farce qui doit très bien donner au théâtre vu la profusion de scènes d'action magiques et/ ou spectaculaires, mais une farce qui, malgré quelques moments drôles ou émouvants, a totalement échoué à me convaincre.

vendredi 29 juillet 2016

"Pique-nique à Hanging Rock" (Joan Lindsay)


Australie, 14 février 1900. L'été touche à sa fin. Les jeunes pensionnaires de Mrs Appleyard attendent depuis des mois ce pique-nique annuel non loin du Hanging Rock, un immense massif rocheux. Revêtues de leurs mousselines légères, elles partent dans une voiture tirée par cinq superbes chevaux bais. Après le déjeuner, les demoiselles s'assoupissent à l'ombre des arbres. Mais quatre d'entre elles, plus âgées, obtiennent la permission de faire une promenade. Enivrées par cet avant-goût de liberté, elles franchissent un premier ruisseau... puis disparaissent dans les hauteurs. Quand, tard dans la nuit, la voiture regagne le pensionnat, trois adolescentes manquent à l'appel. 

Autant vous prévenir tout de suite: si, comme moi, vous aimez bien obtenir des réponses à vos questions, comprendre ce qui se passe et pourquoi les personnages agissent ainsi qu'ils le font, vous risquez de refermer ce livre en proie à une grande frustration. Considéré comme un des plus grands romans de la littérature australienne, "Pique-nique à Hanging Rock" n'a rien d'un thriller. Le suspens que l'auteur choisit d'entretenir n'est pas d'ordre policier mais  plutôt social et psychologique. Son vrai propos, c'est de raconter de quelle manière la disparition des trois filles va affecter le personnel et les autres pensionnaires d'Appleyard, ainsi que, par ricochet, certains de leurs voisins appartenant à la bonne société australienne. Petit à petit, des ondes de choc invisibles se propagent en détruisant tout sur leur passage, par des mécanismes qu'on ne s'explique pas toujours très bien. (Au cours de ma lecture, malgré un contexte très différent, j'ai parfois pensé à "Virgin suicides".)

Pour moi, le véritable intérêt de ce livre réside dans son atmosphère de malaise subtil mais permanent, dans la façon dont Joan Lindsay donne vie à une nature tantôt douce et accueillante, tantôt sévère et hostile, dans son talent pour restituer la touffeur de l'été australien puis la mélancolie de l'étrange automne qui lui succède. Elle présente le mystère non élucidé de telle sorte qu'on pourrait croire à un véritable fait divers - alors que non, il s'agit bel et bien d'une histoire inventée de toutes pièces. D'ailleurs, sa version originale du roman incluait un dernier chapitre qui révélait ce qu'étaient devenues les disparues, et l'explication était tellement bizarre qu'au final, je préfère être restée sur ma faim. (J'aime aussi cette interprétation détaillée d'un lecteur.) On notera que Peter Weir a adapté, très fidèlement semble-t-il, le roman au cinéma en 1975, sans se risquer à fournir d'autres éclaircissements que Joan Lindsay.