mardi 22 janvier 2019

"Vingt-quatre heures dans l'incroyable bibliothèque de M. Lemoncello" (Chris Grabenstein)


Excentrique et talentueux créateur de jeux de société, M. Lemoncello a racheté une ancienne banque pour en faire la bibliothèque d'une petite ville américaine. Avant l'ouverture au grand public, il convie douze élèves de 5ème, gagnants d'un concours de rédaction, à découvrir les lieux en exclusivité lors d'une soirée mémorable. Mais lorsque, après s'être beaucoup amusés à explorer la technologie de pointe de et les fonctions ludiques de la bibliothèque, Kyle et ses camarades veulent rentrer chez eux le lendemain matin, ils découvrent qu'ils sont enfermés pour 24h de plus. Leur mission, s'ils l'acceptent: participer à un escape game délirant pour trouver la seconde sortie...

C'est dans "Winterhouse Hôtel", lu juste avant, que j'ai découvert l'existence de ce roman jeunesse dont le thème avait tout pour me séduire. Très inspiré par "Charlie et la chocolaterie", Chris Grabenstein parvient néanmoins à tisser une intrigue originale et des énigmes élaborées grâce auxquelles je ne me suis pas ennuyée une minute. Certes, ses jeunes héros sont psychologiquement aussi développés qu'un poussin de la veille. Mais on s'en fout, parce que l'apologie de l'esprit d'équipe est bien vue et la lecture terriblement fun. Par contre, si je me disais que "Winterhouse Hôtel" avait dû donner du fil à retordre à sa traductrice, j'ai pleuré des larmes de sang en découvrant les multiples rébus et autres difficultés d'adaptation extrêmes que contient la VO de "Vingt-quatre heures dans l'incroyable bibliothèque de M. Lemoncello". Au point que je vais devoir me procurer la VF pour voir comment ma méritante collègue les a résolues. Pour les amateurs, ce roman est le premier tome d'une série qui en compte quatre, dont deux déjà disponibles en français. 

Traduction d'Anath Riveline

dimanche 20 janvier 2019

"Winterhouse Hôtel" (Ben Guterson)


Depuis la mort de ses parents quand elle n'avait que quatre ans, Elizabeth Somers mène une vie misérable chez son oncle et sa tante. Bien que perpétuellement fauchés, ceux-ci partent en voyage pour Noël et, refusant de laisser leur nièce seule chez eux, l'envoient passer trois semaines à l'hôtel Winterhouse. Elizabeth, qui s'attendait à une pension sinistre, est enchantée de découvrir une bâtisse de contes de fées possédant sa propre fabrique de confiseries et surtout une fantastique bibliothèque. Elle fait la connaissance de Freddy, un jeune inventeur féru de mots en cascade et et d'anagrammes. Ensemble, ils vont s'atteler à résoudre les nombreux mystères de Winterhouse...

Si je suis toujours partante pour un roman jeunesse avec une héroïne passionnée de lecture et d'énigmes, il faut bien admettre que je ne suis pas du tout le public-cible de "Winterhouse Hôtel", et que dans la catégorie middle grade, peu d'ouvrages possèdent une complexité suffisante pour me tenir en haleine. Ici, par exemple, l'intrigue cousue de fil blanc et les personnages hyper manichéens m'ont à moitié fait décrocher dans le dernier tiers de ma lecture. Mais les 9-12 ans auxquels l'histoire est destinée devraient adorer l'atmosphère féérique de Winterhouse. Au passage, bien que j'aie lu ce roman en V.O., je me permets d'adresser une pensée compatissante à la collègue qui s'est chargée de la traduction française, et qui a dû s'arracher joliment les cheveux pour adapter les mots en cascade, les anagrammes et les messages codés. 

Traduction d'Anne-Sylvie Homassel

samedi 19 janvier 2019

"Dear Mrs Bird" (A.J. Pearce)


Malgré les bombardements nocturnes par la Luftwaffe, Emmy Lake, 23 ans, mène une vie aussi normale que possible dans le Londres du début des années 40. Elle s'efforce de garder le moral en toutes circonstances et contribue à l'effort de guerre en faisant du bénévolat dans une caserne de pompiers. Un instant de distraction durant un entretien d'embauche pour ce qu'elle croit être un poste de journaliste et la voilà assistante de la redoutable Henrietta Bird, qui répond au courrier des lectrices dans un magazine féminin en perte de vitesse. Mrs Bird considère la plupart des lettres qu'elle reçoit comme scandaleuses et indignes de son attention, mais Emmy est touchée par la détresse des femmes qui les envoient. Alors, en secret, elle se met à leur répondre à la place de sa patronne...

Dans un cadre historique pas particulièrement riant, A.J. Pearce crée une héroïne pétillante et volontaire, qui s'applique à voir toujours le verre à moitié plein mais dont le désir de bien faire va la pousser à agir de manière inconsidérée et lui attirer des tas d'ennuis. Drôle et frais, "Dear Mrs Bird" fait partie de ces romans qu'on lit d'une traite et qu'on referme le sourire aux lèvres.

vendredi 18 janvier 2019

"The dreamers" (Karen Thompson Walker)


Ca commence à l'université de la petite ville californienne de Santa Lora. Des étudiants s'endorment brusquement et ne se réveillent plus. Pourtant, leurs signes vitaux restent excellents, et leur activité cérébrale paraît aussi intense que s'ils rêvaient. Petit à petit, l'étrange épidémie se propage au reste de la communauté, que les autorités décident de mettre en quarantaine...

L'idée de base de "The dreamers" me paraissait d'autant plus intéressante que "L'âge des miracles", le premier roman de Karen Thompson Walker, avait été mon gros coup de coeur de l'année 2012. Malheureusement, si on retrouve ici l'atmosphère de fin du monde inexplicable et empreinte d'une certaine poésie, ainsi que l'absence de grands drames et d'effusions de violence généralement répandues dans les histoires apocalyptiques, tous les autres éléments du récit m'ont laissée sur ma faim. 

Certes, il ne se passait déjà pas grand-chose dans "L'âge des miracles," mais l'objet de celui-ci était de suivre l'évolution de la jeune héroïne, la manière dont elle gérait son adolescence dans un contexte de fin du monde. Ici, on suit un tas de personnages différents, si nombreux qu'on ne parvient à en connaître vraiment aucun - encore moins à s'attacher à eux. Et il ne se passe absolument RIEN. (Attention: spoilers.) L'épidémie se répand puis se résorbe sans qu'on sache d'où elle vient (ce qui n'est pas un problème en soi) et sans provoquer le moindre changement significatif (ce qui est beaucoup plus regrettable). L'idée que les dormeurs entrevoient peut-être leur avenir, dans ce monde-ci ou dans un univers parallèle, est intéressante mais survient seulement sur la toute fin et n'est donc quasiment pas exploitée. De la même façon, les autres amorces d'intrigue prometteuses - comme la grossesse d'une des premières patientes - sont à peine survolées. 

Je passe sur les problèmes de crédibilité: comment se fait-il que l'épidémie mystérieuse, super contagieuse et qui se transmet par la voie des airs, reste circonscrite à Santa Lora? Qu'à l'ère d'internet, le reste du pays voire du monde ne s'affole pas une seule seconde?  Que les ONG et les forces armées n'affluent pas sur place, bien plus nombreuses que la poignée de soldats et de volontaires incapables de gérer les malades? La seule chose qui m'a poussée à lire jusqu'à la fin, c'est que l'autrice écrit vraiment très, très bien. Le grand néant de "The dreamers" n'en apparaît que davantage comme un regrettable gâchis de son talent. 

mercredi 16 janvier 2019

"The light in the dark" (Horatio Clare)


Horatio Clare vit dans un coin paumé d'Angleterre avec sa femme Rebecca et leur fils de 5 ans; deux jours par semaine, il fait un long trajet en train pour aller enseigner à l'université de Manchester. Sujet à une forte dépression saisonnière, il décide de tenir un journal pendant l'hiver pour combattre ce phénomène. C'est l'occasion pour lui d'égrener ses souvenirs de gamin qui a grandi à la campagne, puis vécu en France et en Italie avant de revenir s'installer à la campagne dans son pays natal. Pendant quelques mois, il s'attache à observer la nature, à détailler sa beauté et à y chercher des traces d'espoir.

Sa prose est très belle, mais j'avoue qu'elle m'a ennuyée par moments. J'avais envie d'en savoir plus sur lui, sur ses états d'âme et sur leurs effets vis-à-vis de ses proches, pas sur les espèces d'oiseaux qu'il croisait dans ses promenades ou la teinte exacte de la brume un 5 février en milieu de matinée. J'ai même failli interrompre ma lecture au milieu. Mais dans le dernier tiers de son court mémoire , l'auteur commence enfin à aborder frontalement le sujet de sa dépression, sa culpabilité de ne pas gagner assez d'argent et d'être un boulet pour sa famille, ses craintes d'être bipolaire, ses hésitations à aller voir un médecin pour se faire diagnostiquer. Son épilogue est lumineux et plein d'espoir.  

dimanche 13 janvier 2019

"Two can keep a secret" (Karen McManus)


Parce que leur mère célibataire a été placée en cure de désintoxication, Ellery et Ezra Corcoran doivent partir habiter à Echo Ridge, chez leur grand-mère qu'ils ne connaissent quasiment pas. Il y a plus de 20 ans, leur tante Sarah a disparu sans laisser de traces. Il y a 5 ans, une autre adolescente a été assassinée à Murderland, le parc d'attractions flippant où travaillent la moitié des jeunes de la ville. Et à l'approche du bal d'automne, de nouvelles menaces anonymes mettent la  petite communauté en émoi...

Il y a deux ans, j'avais adoré le premier thriller YA de Karen McManus, "One of us is lying". Aussi nourrissais-je de grands espoirs pour son deuxième roman. J'adore les histoires de jumeaux et les narrations à deux voix, sans compter que le fait que Murderland me semblait une idée pleine de potentiel. Malheureusement, j'ai commencé à m'ennuyer assez vite. Je n'ai  pas réussi à m'attacher aux personnages plutôt falots et jamais vraiment ressenti de tension dramatique. La résolution, certes inattendue, m'a parue aussi décevante que bancale. Et la toute dernière phrase, censée laisser les lecteurs sur le fondement en bouclant la boucle d'une problématique familiale douloureuse, soulève des questions qui n'auront jamais de réponse. Bref, "Two can keep a secret" est une lecture que j'aurais pu m'épargner.

dimanche 6 janvier 2019

"Everything all at once" (Katrina Leno)


Helen Reaves vient de mourir d'un cancer. Agée de 40 ans seulement, elle était l'autrice de la série jeunesse la plus vendue dans le monde: l'histoire de deux enfants devenus immortels après avoir bu une potion magique. Elle laisse à sa nièce bien-aimée une série de lettres contenant chacune une mission destinée à la faire sortir de sa zone de confort, et ainsi, l'aider à surmonter l'anxiété chronique qui lui pourrit la vie. Tandis qu'elle s'efforce tant bien que mal de suivre les instructions de sa tante, Lottie fait la connaissance de Sam, un ancien élève d'Helen qui va lui apporter une aide précieuse dans sa quête...

"Everything all at once" n'était pas le premier roman de Katrina Leno que je lisais. Je m'attendais à ce qu'il verse dans le réalisme magique à un moment ou à un autre; aussi, j'ai immédiatement deviné le secret d'Helen et la vérité au sujet de Sam, et surtout, je n'ai pas été désarçonnée par la fin contrairement à beaucoup d'autres lecteurs. Cela dit, la révélation des derniers chapitres n'a au fond que peu d'importance. L'intérêt de ce roman, c'est l'évolution de Lottie, la façon dont elle apprend à vivre avec ses angoisses de mort paralysantes et ce qu'elle finit par réaliser à leur sujet. J'ai particulièrement aimé sa très jolie relation avec son frère cadet Abe, un ado de 16 ans féru de littérature. Cette fois encore, Katrina Leno dose avec talent l'amertume et la douceur pour ouvrir les perspectives de son héroïne et finir sur une magnifique note d'espoir. Je me réjouis qu'il me reste encore quelques romans d'elle à découvrir.