dimanche 23 avril 2017

"Chaussette" (Loïc Clément/Anne Montel)


Chaussette, c'est la voisine de Merlin qui avait du mal à prononcer son vrai prénom (Josette) quand il était petit. Elle vit seule avec son chien Dagobert et, chaque jour, observe une routine tellement précise qu'on pourrait régler une horloge dessus. Jusqu'au matin où, seule pour une fois, la vieille dame commence à se comporter très bizarrement. Merlin la suit pour tenter d'élucider le mystère...

Sur un thème aussi potentiellement déprimant que la solitude des personnes âgées, il aurait été facile de faire une bédé larmoyante ou moralisatrice. Mais le talent des auteurs de "Chaussette", c'est justement d'aborder tous les sujets avec une tendresse pudique qui n'exclut jamais la fantaisie et fait de leurs ouvrages un régal pour les petits comme pour les grands.

Les lecteurs fidèles et attentifs seront récompensés par des apparitions de personnages ou des allusions graphiques à d'autres oeuvres du duo Clément-Montel, qui un livre après l'autre tisse un univers plein de douceur et d'humanité dans lequel on rêverait de vivre. Je vous dirais bien d'acheter cet album les yeux fermés, mais ça ne serait probablement pas le meilleur moyen d'en profiter!




vendredi 21 avril 2017

Concours: "5 mondes T1: Le guerrier de sable" (Mark et Alexis Siegel/Xanthe Bouma/Matt Rockefeller/Boya Sun)


Les changements climatiques mettent en péril l'équilibre des 5 mondes et la guerre est sur le point d'éclater. Malheureusement, ce n'est pas Oona, l'apprentie danseuse de sable, qui pourrait y changer quelque chose. A moins que sa rencontre avec un jeune garçon des rues et un champion de starball ne bouleverse sa destinée et celle de la galaxie entière... Entre aventure, science-fiction et quête initiatique, plongez dans l'univers vertigineux du Guerrier de sable, premier tome d'une épopée à la dimension écologique. 

Pour remporter un exemplaire de cette grosse bédé (plus de 250 pages!), laissez-moi un commentaire dans lequel vous me direz quelle est à votre avis votre meilleure habitude écolo - pour moi, c'est le fait que je n'ai pas de voiture et que je me déplace surtout à pied ou par les transports en commun. Clôture le mardi 25 avril à 23h59; tirage au sort et annonce du gagnant le lendemain. Envoi en Europe seulement. Bonne chance!

jeudi 20 avril 2017

"Mon midi, mon minuit" (Anna McPartlin)


Emma et John sont ensemble depuis l'adolescence. Douze ans plus tard, ils filent toujours le parfait amour - jusqu'à ce que, suite à une fête un peu trop arrosée, John soit brutalement emporté par un accident de la route. Heureusement, Emma peut compter sur sa famille et ses amis pour l'entourer pendant qu'elle réapprend à vivre sans lui... 

Sur un thème assez similaire, j'avais énormément aimé "Les derniers jours de Rabbit Hayes", premier roman d'Anna McPartlin à être traduit en français. Aussi n'ai-je pas hésité à investir dans "Mon midi, mon minuit" dès sa sortie. Je l'ai même emporté pour un long voyage en train. Et sans ça, je l'aurais abandonné au bout de 3 chapitres. Là, comme je n'avais rien d'autre à lire, je me suis farci près de 400 pages d'un style à la platitude consternante, de personnages atrocement banals et d'intrigue prévisible à dix lieues avec, cerise sur le gâteau, un bon petit fond de bondieuserie mièvre. Renseignements pris, "Mon midi, mon minuit" est la traduction d'un roman écrit en 2005. La chose la plus gentille que je puisse dire à son sujet, c'est qu'il prouve combien un(e) auteur(e) peut évoluer en l'espace de dix ans.

mercredi 19 avril 2017

"Les filles au lion" (Jessie Burton)


En juin 1967, Odelle Bastien, originaire de Trinidad, quitte son emploi de vendeuse de chaussures pour devenir dactylo à la galerie Skelton. Sa patronne, l'énigmatique Marjorie Quick, se prend d'affection pour elle et l'encourage dans ses ambitions littéraires. Puis Odelle fait la connaissance de Lawrie Scott, dont la mère vient juste de mourir en lui laissant pour tout héritage un tableau assez particulier. Celui-ci s'avère être l'oeuvre d'un peintre espagnol talentueux mais méconnu, disparu durant la guerre civile d'Espagne.

En janvier 1936, la famille Schloss s'installe dans un petit village près de Malaga. Harold, le père est autrichien et marchand d'art; Sarah, la mère, belle et dépressive; Olive, leur fille de dix-neuf ans, passionnée et secrète. Très vite, ils font la connaissance d'Isaac et Teresa, les enfants illégitimes de Don Alfonso qui régente tout dans la région. Militant communiste très mal vu par son père, Isaac fascine Olive qui tombe amoureuse de lui, cependant que Teresa, entrée au service des Schloss en tant que domestique, observe jalousement les faits et gestes de son frère et de sa toute première amie... 

Après le très bien écrit mais atrocement déprimant "Miniaturiste", Jessie Burton livre un nouveau roman historique dont l'intrigue repose sur les secrets de ses protagonistes. Cette fois, elle fait des aller-retour entre deux époques et deux pays très différents, où plusieurs éléments-clés se font pourtant écho parfois à l'insu du lecteur. Si j'ai préféré les chapitres consacrés à l'histoire d'Odelle, c'est dans les autres que se noue le drame fondateur de "Les filles au lion", au milieu de paysages luxuriants bientôt ravagés par les troubles politiques de l'époque. 

L'auteure met ses personnages en place avec une grande habilité et dose les révélations pour qu'on ne s'ennuie jamais mais que, même si on peut croire le contraire, on ne devine pas non plus le fin mot de l'histoire avant les dernières pages. Avec un style toujours aussi évocateur et prenant, elle aborde par deux fronts très différents le sujet du besoin de reconnaissance des artistes. Un excellent roman, maîtrisé de bout en bout et sur tous les plans, mais que sa couverture française (dont le classicisme terne ne correspond pas du tout au tableau décrit par Jessie Burton) m'aurait découragée d'acheter si je ne me l'étais pas déjà procuré en VO

lundi 17 avril 2017

"Le livre des possibles" (Erika Swyler)


Simon Watson vit seul dans sa maison familiale du détroit de Long Island, perchée au sommet d'une falaise qui s'effrite lentement dans la mer. Ses parents sont morts tous les deux depuis des années: sa mère par noyade, son père de chagrin. Sa soeur cadette Enola travaille comme voyante dans une fête foraine ambulante et ne l'appelle que rarement. Sur le point de perdre son emploi de bibliothécaire en raison de coupes budgétaires, Simon se demande comment il va bien pouvoir financer les travaux indispensables pour sauver sa maison. 

Un jour de fin juin, il reçoit un livre mystérieux dans lequel figure le nom de sa grand-mère. Cet ancien registre de cirque raconte l'histoire de deux amants maudits: un Garçon Sauvage et une Sirène qui faisaient partie de la troupe deux siècles auparavant. Fasciné par leur histoire, ainsi que par les étranges dessins de cartes de tarot qui émaillent les pages, Simon découvre que toutes les femmes de sa famille ont une fâcheuse tendance à mourir noyées un 24 juillet. Parviendra-t-il à contrer la malédiction pour sauver Enola, qui vient de réapparaître après une absence de plusieurs années? 

Ne vous laissez pas abuser par sa couverture peu excitante: "Le livre des possibles" (en VO: "The Book of Speculation") est un roman original à l'atmosphère étouffante juste ce qu'il faut. Nous suivons en parallèle l'histoire de Simon, de nos jours, et celle de son ancêtre Amos deux siècles plus tôt. Tous deux placés sous le signe de l'eau, les récits - dont l'un est narré à la première personne et l'autre à la troisième, ce qui permet d'instaurer la distance nécessaire avec les événements du passé - se font écho de maintes façons bien entendu pas du tout fortuites. Au fil des chapitres alternés se révèle une histoire sombre empreinte d'un fantastique subtil, qui touche à leur insu non pas une mais trois familles aux destins entremêlés. Plutôt qu'au "Cirque des Rêves" (auquel il a été défavorablement comparé pour la seule raison qu'une partie de l'action se déroule dans le milieu des forains), ce roman d'Erika Swyler m'a de par son atmosphère fait penser à ceux d'Alice Hoffman, une auteur que j'adore. Une lecture prenante.

Article publié à l'origine en septembre 2015, 
et mis à jour en raison de la parution de l'ouvrage en français depuis cette date

vendredi 14 avril 2017

"Appuyez sur étoile" (Sabrina Bensalah)


Avril Bonjour a 19 ans, les cheveux violets et l'ambition de devenir une coiffeuse célèbre. Elle vit à Saint-Etienne avec son père divorcé et sa mémé, une ancienne hôtesse de bar qu'elle aime tendrement. Le jour où un médecin lui annonce qu'elle est condamnée par un cancer au cerveau, la vieille dame émet un voeu: mourir au sommet d'une montagne, sous les étoiles. Pour l'exaucer, Avril va mobiliser ses copines délurées, son meilleur ami Tarik qui rêve d'ouvrir un kebab bio, et même le petit frère et les amis de celui-ci. Pendant ce temps, sur son lit d'hôpital, Mémé délire et converse avec une voix mystérieuse...

A partir d'un sujet somme toute assez plombant, Sabrina Bensalah réussit à écrire un roman jeunesse incroyablement pêchu. Oui, Avril doit grandir d'un coup pour accompagner la fin de vie de sa grand-mère adorée, et l'auteure ne minimise pas la brutalité de cette épreuve. Mais autour de l'inévitable tristesse, la vie pétille dans tous les recoins d'"Appuyez sur étoile". Dans le soutien inconditionnel que lui apportent les amis d'Avril, dans leur langage joyeusement cru, dans leurs petites combines pas franchement légales mais pas non plus immorales, dans le passé fièrement assumé d'une mémé pas comme les autres, dans les belles convictions anti-consuméristes deM. Bonjour, dans l'énergie qu'Avril et Tarik mettent à réaliser leurs rêves, dans tous les bonheurs minuscules que l'héroïne sait savourer. Une très jolie découverte.

J'ai reçu ce livre des éditions Sarbacane en échange d'une critique objective. 

mardi 11 avril 2017

"Le projet Starpoint T1: La fille aux cheveux rouges" (Marie-Lorna Vaconsin)


Pythagore Luchon a quinze ans et s'apprête à entrer en seconde pour une année sans surprise. Il sait qu'il devra supporter les moqueries sur sa mère, qui est prof de maths dans son lycée. Il sait aussi qu'il lui faudra trouver le courage d'aller plus souvent à l'hôpital voir son père, un ancien chercheur en physique quantique plongé dans le coma à la suite d'une agression.

Une chose le réjouit: il va retrouver sa meilleure amie, Louise Markarian. Mais dès les premiers jours, Pyth découvre que Louise s'est liée à une nouvelle du nom de Foresta Erivan, une fille aux cheveux rouge sang, souvent habillée de cuir et au tempérament explosif. A cause d'elle, Louise l'ignore et commence à sécher les cours. 

Pythagore déplore silencieusement la présence de cette Foresta qui l'exaspère autant qu'elle l'attire, jusqu'à ce qu'elle débarque chez lui en pleine nuit pour lui annoncer que Louise a disparu. Pour la retrouver, ils doivent passer par ce qu'elle appelle l'"angle mort" des miroirs. Pyth la prend pour une folle mais la suit, sans se douter qu'il est sur le point de basculer dans un monde parallèle - le monde dans lequel Foresta a grandi et où Louise est sur le point de se perdre.

Je ne vais pas vous mentir: je n'avais jamais entendu parler ni de Marie-Lorna Vaconsin, ni de son premier roman, ni même de la collection dans laquelle il est paru. Pas vu passer la moindre promo ni la moindre critique malgré mon intérêt pour les romans jeunesse et le fantastique. C'est la superbe couverture de "La fille aux cheveux rouges" qui m'a incitée à le prendre en main dans une librairie, à lire sa présentation et à parcourir les premières pages vite fait, pour voir si le style d'écriture me plaisait. Comme c'était le cas, je me suis laissée emporter par ma curiosité.

Je pensais passer un bon moment de lecture avec un peu de chance. Au lieu de ça, j'ai dévoré le roman dans la journée et tout de suite commencé à exhiber des symptômes de manque tels que je n'en avais pas ressenti depuis la fin du tome 2 de "La passe-miroir". Non que les univers des deux séries se ressemblent, mais ils partagent une grande originalité qui donne envie d'en découvrir plus sur eux, et une auteure qui sait révéler leurs secrets au goutte-à-goutte pour donner au lecteur soif de toujours plus.

Basé sur des principes de physique quantique plutôt que sur une atmosphère steampunk, ce premier tome du "Projet Starpoint" offre un scénario plein de rebondissements passionnants et jamais prévisibles; on ignore totalement où l'auteure nous emmène, mais on se laisse entraîner avec délices - et un léger vertige. L'écriture est fluide, du niveau d'un roman pour adultes, et particulièrement évocatrice dans les scènes où les perceptions de Pythagore sont chamboulées par des phénomènes propres au monde de Foresta. Le bouquin refermé, on se surprend à manipuler ses miroirs de salle de bain pour voir si, par hasard, on ne pourrait pas créer son propre angle mort et voir où on arrivera. (Ou peut-être que c'est juste moi.) Bref, un très gros coup de coeur en ce qui me concerne.