
J'ai lu "La consolante" cette semaine, et malheureusement il m'a beaucoup déçue. J'ai eu un mal fou à m'intéresser à son héros, ce presque quinquagénaire bouffé par son boulot d'architecte, coincé dans une relation moribonde et hanté par le souvenir d'une femme fantasque qu'il aima jadis. Pendant les deux tiers du livre, j'ai attendu qu'il fasse autre chose que ressasser interminablement ses souvenirs. Du coup, la nouvelle histoire d'amour pliée dans les 200 dernières pages m'a paru trop précipitée - bâclée, même. On peut arguer que le personnage, après avoir perdu autant de temps, était enfin mûr pour une action prompte et décisive; mais si ça peut, à la limite, tenir la route psychologiquement, ce n'est pas très satisfaisant pour le lecteur qui aurait préféré passer plus de temps avec la famille joyeusement bordélique des Vesperies qu'avec Anouk et son désespoir existentiel. Quant à la fin, elle tient du happy end un peu trop bien ficelé où tous les problèmes s'arrangent d'eux-mêmes comme par miracle.
Mais surtout, ce qui m'a empêchée d'apprécier "La consolante", c'est cette habitude absolument exaspérante qu'a l'auteur d'omettre le sujet de ses phrases. Quand c'est le même personnage qui accomplit toute une suite d'actions, ça passe assez bien. Mais dès que la scène comporte plusieurs protagonistes, ça gêne la compréhension: on ne sait plus qui fait quoi, et ce procédé, au lieu de fluidifier le texte, produit l'effet contraire en obligeant le lecteur à revenir en arrière pour essayer de visualiser les choses. Je n'ai pas le souvenir d'avoir trouvé ça si pesant dans "Ensemble c'est tout"; là, ça vire au tic d'écrivain et c'est juste pénible.
J'ai bien conscience qu'il doit être très difficile d'enchaîner après un succès aussi phénoménal que celui d'"Ensemble c'est tout", mais pour moi, "La consolante" ne tient pas ses promesses. Mention "petit bonheur", toutefois, à l'apparition fugace de deux des héros du roman précédent - un joli clin d'oeil adressé aux lecteurs fidèles.